‹ ThéâtreChapitre 316 sur 405 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ai assurément, et j'en aurais bien davantage si elle avait voulu ; mais n'être jamais qu'avec elle, n'entendre que des préceptes qui me lassent, ne faire que des lectures qui m'ennuient, est-ce là le moyen d'avoir de l'esprit ? Qu'est-ce que cela apprend ? Il y a des petites filles de sept ans qui sont plus avancées que moi. Cela n'est-il pas ridicule ? Je n'ose pas seulement ouvrir ma fenêtre. Voyez, je vous prie, de quel air on m'habille ! suis-je vêtue comme une autre ? regardez comme me voilà faite ! Ma mère appelle cela un habit modeste ; il n'y a donc de la modestie nulle part qu'ici, car je ne vois que moi d'enveloppée comme cela ; aussi suis-je d'une enfance, d'une curiosité ! Je ne porte point de rubans ; mais qu'est-ce que ma mère y gagne ? que je suis émue quand j 'en aperçois. Elle ne m'a laissé voir personne, et avant que je connusse Éraste, le cœur me battait quand j'étais regardée par un jeune homme. Voilà pourtant ce qui m'est arrivé.

Votre naïveté me fait rire. ~

ANGÉLIQUE

Mais est-ce que je n'ai pas raison ? Serait-ce de même si j'avais joui d'une liberté honnête? En vérité, si je n'avais pas le cœur bon, tiens, je crois que je haïrais ma mère, d'être cause que j'ai des émotions pour des choses dont je suis sûre que je ne me soucierais pas si je les avais. Aussi, quand je serai ma maîtresse... laisse-moi faire, va... je veux savoir tout ce que les autres savent.

LISETTE

Je m'en fie bien à vous.

ANGÉLIQUE

Moi qui suis naturellement vertueuse, sais-tu bien que je m'endors quand j'entends parler de sagesse ? Sais-tu bien que ce serait un grand bonheur pour moi si je n'étais pas coquette ? Je ne le serai pourtant pas ; mais ma mère mériterait bien que je le devinsse.

LISETTE

Ah ! si elle pouvait vous entendre et jouir du fruit de sa sévérité ! Mais parlons d'autre chose. Vous aimez Éraste ?

ANGÉLIQUE

Vraiment oui, je l'aime, pouvu qu'il n'y ait point de mal à avouer cela ; car je suis si ignorante ! Je ne sais point ce qui est permis ou non, au moins.

LISETTE

C'est un aveu sans conséquence avec moi.

Oh ! sur ce pied-là je l'aime beaucoup, et je ne puis me résoudre à le perdre.

LISETTE

Prenez donc une bonne résolution de n'être pas à un autre. Il y a ici un domestique à lui qui a une lettre à vous rendre de sa part.

ANGÉLIQUE

Une lettre de sa part, et tu ne m'en disais rien ! Où est-elle ? oh ! que. j'aurai de plaisir à la lire ! donne-moi-la donc ! Où est ce domestique ?

LISETTE

Doucement ! modérez cet empressement ; cachezen du moins une partie à Éraste. Si par hasard vous lui parhez, il y aurait du trop.

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