SCÈNE VII ANGÉLIQUE, LISETTE, FRONTIN, ÉRASTE
LISETTE, à Angélique.
Tenez ! voici ce domestique, que Frontin nous amène. Angélique.
Frontin ne dira-t-il rien à ma mère ?
Ne craignez rien, il est dans vos intérêts, et ce domestique passe pour son parent.
FRONTIN
Le valet de M. Éraste vous apporte une lettre que voici, madame.
ANGÉLIQUE
Donnez. (A Lisette.) Suis-je assez sérieuse ?
LISETTE
Fort bien.
ANGÉLIQUE
« Que viens-je d'apprendre ? on dit que vous vous mariez ce soir. Si vous concluez sans me permettre de vous voir, je ne me soucie plus de la vie. »
Il ne se soucie plus de la vie !
« Adieu ; j'attends votre réponse, et je me meurs. »
Cette lettre-là me pénètre ; il n'y a point de modération qui tienne, Lisette ; il faut que je
lui parle, et je ne veux pas qu'il meure. Allez lui dire qu'il vienne ; on le fera entrer comme on pourra.
ÉRASTE
\'ous ne voulez point que je meure, et vous vous mariez, Angélique !
ANGÉLIQUE
Ah ! c'est vous, Éraste ?
ÉRASTE
A quoi vous déterminez- vous donc ?
ANGÉLIQUE
Je ne sais ; je suis trop émue pour ^'ous répondre. Levez-vous !
ÉRASTE
Mon désespoir vous touchera-t-il ?
ANGÉLIQUE
Est-ce que vous n'avez pas entendu ce que j'ai dit ?
ÉR.\STE
Il m'a paru que vous m'aimiez un peu.
ANGÉLIQUE
Non, non, il vous a paru mieux que cela, car j'ai dit bien franchement que je vous aime ; mais il fait m'excuser, Éraste, car je ne savais pas que vous étiez là.
ÉRASTE
Est-ce que vous seriez fâchée de ce qui vous
est échappé ?
ANGÉLIQUE
Moi, fâchée ! au contraire, je suis bien aise que vous l'ayez appris sans qu'il y ait de ma faute ; je n'aurai plus la peine de vous le cacher.