ACTE I — SCÈNE II
BLAISE
Qu'est-ce qui vous fâche ?
ARLEQUIN
Il faut se préparer à l'affliction, monsieur ; selon toute apparence, elle sera considérable.
Parle donc.
ARLEQUIN
J'en pleure d'avance, afin de m'en consoler après.
BLAISE
Morgue ! ça m'attriste itou.
DORANTE
Parleras-tu ?
ARLEQUIN
Hélas ! je n'ai rien à dire. C'est que je devine que vous serez affligé, et je vous pronostique votre douleur.
DORANTE
On a bien affaire de ton pronostic !
BLAISE
A quoi sert d'être oisiau de mauvais augure ?
ARLEQUIN
C'est que j'étais tout à l'heure dans la salle, où j'achevais... mais passons cet article.
DORANTE
Je veux tout savoir.
ARLEQUIN
Ce n'est rien... qu'une bouteille de vin qu'on avait oubliée, et que j'achevais d'y boire, quand j'ai entendu la comtesse qui allait y entrer avec le chevaUer.
DORANTE, soupirant.
Après ?
ARLEQUIN
Comme elle aurait pu trouver mauvais que je busse en fraude, je me suis sauvé dans l'office avec ma bouteille. D'abord, j'ai commencé par la vider pour la mettre en sûreté.
BLAISE
Ça est naturel.
DORANTE
Eh ! laisse là ta bouteille, et me dis ce qui me regarde.
ARLEQUIN
Je parle de cette bouteille parce qu'elle y était ; je ne voulais pas l'y mettre.
BLAISE
Faut la laisser là, pisqu'elle est bue.
ARLEQUIN
La voilà donc vide ; je l'ai mise à terre.'
DORANTE
Enore ?
Ensuite, sans mot dire, j'ai regardé à travers la serrure...
DORANTE
Et tu as VU la comtesse avec le chevalier dans la salle ?
ARLEQUIN
Bon ! ce maudit serrurier n'a-t-il pas fait le trou de la serrure si petit, qu'on ne peut rien voir à travers ?
BLAISE
Morgue î tant pis.
DORANTE
Tu ne peux donc être sûr que ce fût la comtesse ?