‹ ThéâtreChapitre 339 sur 405 · ACTE I — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE II

BLAISE

Qu'est-ce qui vous fâche ?

ARLEQUIN

Il faut se préparer à l'affliction, monsieur ; selon toute apparence, elle sera considérable.

Parle donc.

ARLEQUIN

J'en pleure d'avance, afin de m'en consoler après.

BLAISE

Morgue ! ça m'attriste itou.

DORANTE

Parleras-tu ?

ARLEQUIN

Hélas ! je n'ai rien à dire. C'est que je devine que vous serez affligé, et je vous pronostique votre douleur.

DORANTE

On a bien affaire de ton pronostic !

BLAISE

A quoi sert d'être oisiau de mauvais augure ?

ARLEQUIN

C'est que j'étais tout à l'heure dans la salle, où j'achevais... mais passons cet article.

DORANTE

Je veux tout savoir.

ARLEQUIN

Ce n'est rien... qu'une bouteille de vin qu'on avait oubliée, et que j'achevais d'y boire, quand j'ai entendu la comtesse qui allait y entrer avec le chevaUer.

DORANTE, soupirant.

Après ?

ARLEQUIN

Comme elle aurait pu trouver mauvais que je busse en fraude, je me suis sauvé dans l'office avec ma bouteille. D'abord, j'ai commencé par la vider pour la mettre en sûreté.

BLAISE

Ça est naturel.

DORANTE

Eh ! laisse là ta bouteille, et me dis ce qui me regarde.

ARLEQUIN

Je parle de cette bouteille parce qu'elle y était ; je ne voulais pas l'y mettre.

BLAISE

Faut la laisser là, pisqu'elle est bue.

ARLEQUIN

La voilà donc vide ; je l'ai mise à terre.'

DORANTE

Enore ?

Ensuite, sans mot dire, j'ai regardé à travers la serrure...

DORANTE

Et tu as VU la comtesse avec le chevalier dans la salle ?

ARLEQUIN

Bon ! ce maudit serrurier n'a-t-il pas fait le trou de la serrure si petit, qu'on ne peut rien voir à travers ?

BLAISE

Morgue î tant pis.

DORANTE

Tu ne peux donc être sûr que ce fût la comtesse ?

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