ACTE I — SCÈNE II
ARLEQUIN
Si fait ; car mes oreilles ont reconnu sa parole, et sa parole n'était pas là sans sa personne.
BLAISE
Ils ne pouviont pas se dispenser d'être ensemble.
DORANTE
Eh bien ! que se disaient -ils ?
ARLEQUIN
Hélas ! je n'ai retenu que les pensées, j'ai oublié les paroles.
Dis-moi donc les pensées.
ARLEQUIN
Il faudrait en savoir les mots. Mais, monsieur, ils étaient ensemble, ils riaient de toute leur force ; ce vilain chevalier ouvrait une bouche plus large... Ah ! quand on rit tant, c'est qu'on est bien gaillard.
BLAISE
Eh bien ! c'est signe de joie ; velà tout.
ARLEQUIN
Oui ; mais cette joie-là a l'air de nous porter malheur. Quand un homme est si joyeux, c'est tant mieux pour lui, mais c'est toujours tant pis pour un autre. (Montrant son maître.) Et voilà justement l'autre !
DORANTE
Eh ! laisse-nous en repos. As-tu dit à la marquise que j'avais besoin d'un entretien avec elle ?
ARLEQUIN
Je ne me souviens pas si je le lui ai dit ; mais je sais bien que je devais le lui dire.