‹ ThéâtreChapitre 357 sur 405 · ACTE I — SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE I — SCÈNE XII

Allons, allons, vous me flattez, disait la comtesse, en le regardant d'un œil étincelant d'amourpropre ; vous me flattez. Eh ! non, madame, ou que la pesté m'étouffe ! Je vous dégrade moimême, en parlant dé vos charmes. Sandis ! aucune expression n'y peut atteindre ; vous n'êtes fidèlement rendue que dans mon cœur. N'y sommesnous pas toutes deux, la marquise et moi ? répliquait la comtesse. La marquise et vous, s'écriait-il; eh ! cadédis ! où se rangerait-elle ? Vous m'en occuperiez mille des cœurs, si je les avais ; mon amour ne sait où se mettre, tant il surabonde dans mes paroles, dans mes sentiments, dans ma pensée ; il se répand partout, mon âme en régorge. Et tout en parlant ainsi, tantôt il baisait la main qu'il tenait, et tantôt le portrait. Quand la comtesse retirait la main, il se jetait sur la peinture ; quand elle redemandait la peinture, il reprenait la main ; lequel mouvement, comme vous voyez, faisait cela et cela ; ce qui était tout à fait plaisant à voir. ^^„ . ,,^^

DORANTE

Quel récit, marquise !

(La marquise fait signe à Dorante de se taire.) FRONTIN.

Eh ! ne parlez-vous pas, monsieur ? ^

DORANTE

Non, je dis à madame que je trouve cela comique.

FRONTIN

Je le souhaite. Là-dessus : Rendez-moi mon portrait, rendez donc... Mais, comtesse... Mais, chevalier... Mais, madame, si je rends la copie, que l'original mé dédommagé... Oh ! pour cela, non... Oh ! pour cela, si. Le chevalier tombe à genoux : Madame, au nom dé vos grâces innombrables.

nantissez-moi dé la ressemblance, en attendant la personne ; accordez ce rafraîchissement à mon ardur... Mais, chevalier, donner son portrait, c'est donner son cœur... Eh ! donc, madame, j'endurerai bien dé les avoir tous deux... Mais... Il n'y a point dé mais ; ma vie est à vous, lé portrait à moi ; que chacun gardé sa part... Eh bien ! c'est donc vous qui le gardez ; ce n'est pas moi qui le donne, au moins... Tope ! sandis ! je m'en fais responsable ; c'est moi qui lé prends ; vous né faites que m' accorder dé lé prendre... Quel abus de ma bonté ! Ah ! c'est la comtesse qui fait un soupir... Ah ! féhcité dé mon âme !... C'est le chevaUer qui repart un second.

DORANTE

Ah !...

FRONTIN

Et c'est monsieur qui fournit le troisième.

DORANTE

Oui. C'est que ces deux soupirs-là sont plaisants, et je les contrefais ; contrefaites aussi, marquise.

LA MARQUISE

Oh ! je n'y entends rien, moi ; mais je me les imagine. (EUe rit.) Ah ! ah ! ah !

FRONTIN

Ce matin dans la galerie...

DORANTE, bas à la marquise.

Faites-le finir ; je n'y tiendrais pas.

LA MARQUISE

En voilà assez, Frontin.

FRONTIN

Les fragments qui me restent sont d'un goût choisi.

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