SCÈNE XVII LE CHEVALIER, FRONTIN
FRONTIN
J'attendais qu'il fût sorti pour venir, monsieur.
LE CHEVALIER
Que démandes- tu ? j'ai hâte dé rejoindre ma comtesse.
FRONTIN
Attendez. Malpeste ! ceci est sérieux ; j'ai parlé à la marquise, je lui ai fait mon rapport.
LE CHEVALIER
Eh bien ! tu lui as confié que j'aime la comtesse, et qu'elle m'aime ; qu'en dit-ellé, achève, vnte.
5i8 L'HEUREUX STRATAGÈME
FRONTIN
Ce qu'elle en dit ? que c'est fort bien fait à vous.
LE CHEVALIER
Je continuerai dé bien faire. Adieu.
FRONTIN
Morbleu ! monsieur, vous n'y songez pas. Il faut revoir la marquise, entretenir son amour ; sans quoi vous êtes un homme mort, enterré, anéanti dans sa mémoire.
LE CHEVAUER, riant.
Eh ! eh ! eh !
Vous en riez ! Je ne trouve pas cela plaisant, moi.
LE CHEVALIER
Que mé fait ce néant ? Je meurs dans une mémoire, je ressuscite dans une autre ; n'ai- je pas la mémoire dé la comtesse où je revis ?
FRONTIN
Oui ; mais j'ai peur que dans cette dernière, vous ne mouriez un beau matin de mort subite. Dorante y est mort de même, d'un coup de caprice.
LE CHEVALIER
Non ; lé caprice qui lé tue, lé voici ; c'est moi qui l'expédie ; j'en ai bien expédié d'autres, Frontin. Né t'inquiète pas ; la comtesse m'a reçu dans son cœur, il faudra qu'elle m'y garde.
FRONTIN
Ce cœur-là, je crois que l'amour y campe quelquefois ; mais il n'y loge jamais.