‹ ThéâtreChapitre 369 sur 405 · ACTE II — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE III

LA COMTESSE

Vous me rassurez. Ce n'est pas qu'il n'ait tort ; vous êtes si aimable qu'il ne devrait plus avoir des yeux pour personne. Mais peut-être vous étaitil moins attaché qu'on ne l'a cru.

LA MARQUISE

Non, il me l'était beaucoup, mais je l'excuse. Quand je serais aimable, vous l'êtes encore plus que moi, et vous savez l'être plus qu'une autre.

LA COMTESSE

Plus qu'une autre ! Ah ! vous n'êtes point si charmée, marquise. Je vous disais bien que vous me manqueriez de parole. Vos éloges baissent. Je m'accommode pourtant de celui-ci ; j'y sens une petite pointe de dépit qui a son mérite; c'est la jalousie qui me loue.

LA MARQUISE

Moi, de la jalousie ?

LA COMTESSE

A votre avis, un compliment qui finit par m'appeler coquette, ne viendrait pas d'elle ? oh ! que si, marquise ; on l'y reconnaît.

LA MARQUISE

Je ne songeais pas à vous appeler coquette.

LA COMTESSE

Ce sont des choses qui se trouvent dites avant qu'on y rêve. la marquise.

Mais, de bonne foi, ne l'êtes- vous pas un peu ?

LA COMTESSE

Oui-da; mais ce n'est pas assez qu'un peu. Ne vous refusez pas le plaisir de me dire que je le suis* beaucoup ; cela n'empêchera pas que vous ne le soyez autant que moi.

LA MARQUISE

Je n'en donne pas tout à fait les mêmes preuves.

LA COMTESSE

C'est qu'on ne prouve que quand on réussit. Le manque de succès met bien des coquetteries à couvert ; on se retire sans bruit, un peu humiliée, mais incognito ; c'est l'avantage qu'on a.

LA MARQUISE

Je réussirai quand je voudrai, comtesse ; vous le verrez, cela n'est pas difficile ; et le chevalier ne vous serait peut-être pas resté, sans le peu de cas que j'ai fait de son cœur.

LA COMTESSE

Je ne chicanerai pas ce dédain-là ; mais quand r amour-propre se sauve, voilà comme il parle.

Voulez- vous gager que cette aventure-ci n'humiliera point le mien, si je veux ?

LA COMTESSE

Espérez- vous regagner le chevalier ? Si vous le pouvez, je vous le donne.

LA MARQUISE

Vous l'aimez, sans doute ?

LA COMTESSE

Pas mal ; mais je vais l'aimer davantage, afin qu'il vous résiste mieux. On a besoin de toutes ses forces avec vous.

LA MARQUISE

Oh ! ne craignez rien, je vous le laisse. Adieu.

LA COMTESSE

Eh ! pourquoi ? Disputons-nous sa conquête, mais pardonnons à celle qui l'emportera. Je ne

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