‹ ThéâtreChapitre 368 sur 405 · SCÈNE III LA MARQUISE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SCÈNE III LA MARQUISE, LA COMTESSE

LA COMTESSE

Je viens vous trouver moi-même, marquise. Comme vousme demandez un entretien particulier, il s'agit apparemment de quelque chose de conséquence ?

LA MARQUISE

Je n'ai pourtant qu'une question à vous faire, et comme vous êtes naturellement vraie, que vous êtes la franchise, la sincérité même, nous aurons bientôt terminé.

LA COMTESSE

Je vous entends ; vous ne me croyez pas trop sincère ; mais votre éloge m'exhorte à l'être, n'est-ce pas ?

LA MARQUISE

A cela près, le serez-vous ?

LA COMTESSE

Pour commencer à l'être, je vous dirai que je n'en sais rien.

LA MARQUISE

Si je vous demandais : le chevalier vous aimet-il ? me diriez- vous ce qui en est ?

LA COMTESSE

Non, marquise, je ne veux pas me brouiller avec vous; et vous me haïriez si je vous disais la vérité.

LA MARQUISE

Je vous donne ma parole que non.

LA COMTESSE

Vous ne pourriez pas me la tenir ; je vous en dispenserais moi-même. Il y a des mouvements qui sont plus forts que nous.

LA MARQUISE

Mais pourquoi vous haïrais-je ?

LA COMTESSE

N'a-t-on pas prétendu que le chevalier vous aimait ?

LA MARQUISE

On a eu raison de le prétendre.

LA COMTESSE

Nous y voilà ; et peut-être l'avez- vous pensé vous-même? ^^ marquise.

Je l'avoue.

LA COMTESSE

Et après cela, j'irais vous dire qu'il m'aime! Vous ne me le conseilleriez pas.

LA MARQUISE

N'est-ce que cela? Eh ! je voudrais l'avoir perdu, je souhaite de tout mon cœur qu'il vous aime.

LA COMTESSE

Oh ! sur ce pied-là, vous n'avez donc qu'à rendre grâces au ciel ; vos souhaits ne sauraient être plus exaucés qu'ils le sont.

LA MARQUISE

Je vous certifie que j'en suis charmée.

Page 1