SCÈNE III LA MARQUISE, LA COMTESSE
LA COMTESSE
Je viens vous trouver moi-même, marquise. Comme vousme demandez un entretien particulier, il s'agit apparemment de quelque chose de conséquence ?
LA MARQUISE
Je n'ai pourtant qu'une question à vous faire, et comme vous êtes naturellement vraie, que vous êtes la franchise, la sincérité même, nous aurons bientôt terminé.
LA COMTESSE
Je vous entends ; vous ne me croyez pas trop sincère ; mais votre éloge m'exhorte à l'être, n'est-ce pas ?
LA MARQUISE
A cela près, le serez-vous ?
LA COMTESSE
Pour commencer à l'être, je vous dirai que je n'en sais rien.
LA MARQUISE
Si je vous demandais : le chevalier vous aimet-il ? me diriez- vous ce qui en est ?
LA COMTESSE
Non, marquise, je ne veux pas me brouiller avec vous; et vous me haïriez si je vous disais la vérité.
LA MARQUISE
Je vous donne ma parole que non.
LA COMTESSE
Vous ne pourriez pas me la tenir ; je vous en dispenserais moi-même. Il y a des mouvements qui sont plus forts que nous.
LA MARQUISE
Mais pourquoi vous haïrais-je ?
LA COMTESSE
N'a-t-on pas prétendu que le chevalier vous aimait ?
LA MARQUISE
On a eu raison de le prétendre.
LA COMTESSE
Nous y voilà ; et peut-être l'avez- vous pensé vous-même? ^^ marquise.
Je l'avoue.
LA COMTESSE
Et après cela, j'irais vous dire qu'il m'aime! Vous ne me le conseilleriez pas.
LA MARQUISE
N'est-ce que cela? Eh ! je voudrais l'avoir perdu, je souhaite de tout mon cœur qu'il vous aime.
LA COMTESSE
Oh ! sur ce pied-là, vous n'avez donc qu'à rendre grâces au ciel ; vos souhaits ne sauraient être plus exaucés qu'ils le sont.
LA MARQUISE
Je vous certifie que j'en suis charmée.