SCÈNE V DORANTE, LA COMTESSE
DORANTE, arrivant vite, et feignant de prendre la comtesse pour la marquise.
Eh bien ! marquise, m'opposerez-vous encore des
scrupules?... (Apercevant la comtesse.) Ah! madame,
530 L'HEUREUX STRATAGEME
je vous demande pardon, je me trompe. J'ai cru de loin voir tout à l'heure la marquise ici, et dans ma préoccupation je vous ai prise pour elle.
Il n'y a pas grand mal, Dorante. Mais quel est donc ce scrupule qu'on vous oppose ? Qu'est-ce que cela signifie ?
DORANTE
Madame, c'est la suite d'une conversation que nous avons eue ensemble, et que je lui rappelais.
LA COMTESSE
Mais dans cette conversation, sur quoi tombait le scrupule dont vous vous plaignez ? Je veux que vous me le disiez.
DORANTE
Je vous dis, madame, que ce n'est qu'une bagatelle dont j'ai peine à me ressouvenir moi-même. C'est, je pense, qu'elle avait la curiosité de savoir comment j'étais dans votre cœur.
LA COMTESSE
Je m'attends que vous avez eu la discrétion de ne le lui point dire, peut-être ?
DORANTE
Je n'ai pas le défaut d'être vain.
LA COMTESSE
Non ; mais on a quelquefois celui d'être vrai. Et que voulait -elle faire de ce qu'elle vous demandait ?
DORANTE
Curiosité pure, vous dis-je.
LA COMTESSE
Et cette curiosité parlait de scrupule I Je n'y entends rien. -^