‹ ThéâtreChapitre 375 sur 405 · ACTE II — SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE VII

LE CHEVALIER

Raconte-nous comment ils se comportent. Par bonté d'âme, madame a peur dé les désespérer ; moi je dis qu'ils se consolent. Qu'en est-il des deux ? Rien né l'arrête que cette bonté, té dis-je ; tu m'entends bien? frontin. '

A merveille. Madame peut vous épouser en toute sûreté ; de désespoir, je n'en vois pas l'ombre.

LE CHEVALIER

Je vous gagne dé marché fait ; ce soir vous êtes mienne. ^^ comtesse.

Hum ! votre gain est peu sûr ; Frontin n'a pas l'air d'avoir bien observé.

Vous m'excuserez, madame ; le désespoir est assez reconnaissable. Si c'étaient de ces petits mouvements minces et fluets qui se dérobent à l'observation, on pourrait s'y tromper ; mais le désespoir est un objet, c'est un mouvement qui tient de la place. Les désespérés s'agitent, se trémoussent, font du bruit, gesticulent ; et il n'y a rien de tout cela chez les gens dont nous parlons.

LE CHEVALIER

Il vous dit vrai. J'ai tantôt rencontré Dorante, je lui ai dit : J'aime la comtesse, j'ai passion pour elle. Eh bien ! garde-la, m'a-t-il dit tranquillement.

LA COMTESSE

Eh ! vous êtes son rival, monsieur ; voulezvous qu'il aiUe vous faire confidence de sa douleur ?

LE CHEVALIER

Je vous assure qu'il était riant, et que la paix régnait dans son cœur.

LA COMTESSE

La paix dans le cœur d'un homme qui m'aimait de la passion la plus vive qui fût jamais !

LE CHEVALIER

ôtez la mienne.

LA COMTESSE

A la bonne heure. Je lui crois pourtant l'âme plus tendre qu'à vous, soit dit en passant. Ce n'est pas votre faute ; chacun aime autant qu'il peut, et personne n'aime autant que lui. Voilà pourquoi je le plains. Mais sur quoi Frontin décidet-il qu'il est tranquille ? Voyons ; n'est-il pas vrai que tu es aux gages de la marquise, et peut-être à ceux de Dorante, pour nous observer tous deux ? Paie-t-on des espions pour être instruit de choses dont on ne se soucie point ?

FRONTIN

Oui ; mais je suis mal payé de la marquise ; elle est en arrière. ^^^ comtesse.

Et parce qu'elle n'est pas libérale, elle est indifférente ! Quel raisonnement !

FRONTIN

Et Dorante m'a révoqué ; il me doit mes appointements. ^^^ comtesse.

Laisse là tes appointements. Qu'as-tu vu? Que sais-tu ?

LE CHEVALIER, bas à Frontin.

Mitigé ton récit.

FRONTIN

Eh bien ! Frontin, m'ont-ils dit tantôt en parlant de vous deux, s'aiment-ils un peu ? Oh ! beaucoup, monsieur; extrêmement, madame, extrêmement, ai-je dit en tranchant.

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