ACTE II — SCÈNE VII
LA COMTESSE
Eh bien ?...
FRONTIN
Rien ne remue ; la marquise bâille en m 'écoutant, et Dorante ouvre nonchalamment sa tabatière ; c'est tout ce que j'en tire.
Va, va, mon enfant, laisse-nous ; tu es un maladroit. Votre valet n'est qu'un sot ; ses observations sont pitoyables ; il n'a vu que la superficie des choses. Cela ne se peut pas.
FRONTIN
Morbleu î madame, je m'y ferais hacher. En voulez-vous davantage ? Sachez qu'ils s'aiment, et qu'ils m'ont dit eux-mêmes de vous l'apprendre.
LA COMTESSE, riant.
Eux-mêmes ! Eh ! que n'as- tu commencé par nous dire cela, ignorant que tu es ? Vous voyez bien ce qui en est, chevaher ; ils se consolent tant, qu'ils veulent nous rendre jaloux ; et ils s'y prennent avec une maladresse bien digne du dépit qui les gouverne. Ne vous l'avais-je pas dit ?
LE CHEVALIER
La passion se montre, j'en conviens.
LA COMTESSE
Grossièrement même.
FRONTIN
Ah ! par ma foi, j'y suis ; c'est qu'ils ont envie de vous mettre en peine. Je ne m'étonne pas si Dorante, en regardant sa montre, ne la regardait pas fixement, et faisait une demi-grimace.
LA COMTESSE
C'est que la paix ne'régnait pas dans son cœur.
Cette grimace est importante.
FRONTIN
Item, c'est qu'en ouvrant sa tabatière, il n'a pris son tabac qu'avec deux doigts tremblants. Il est vrai aussi que sa bouche a ri, mais de mauvaise grâce ; le reste du visage n'en était pas, il allait à part.
^ LA COMTESSE
C'est que le cœur ne riait pas.
LE CHEVALIER
Je mé rends. Il soupire, il régardé dé travers, et ma noce recule. Pesté du faquin, qui rejette madame dans une passion qui sera funeste à mon bonheur !
LA COMTESSE
Point du tout, ne vous alarmez point ; Dorante s'est trop mal conduit pour mériter des égards... Mais ne vois- je pas la marquise qui vient ici ?
FRONTIN
Elle-même.
LA COMTESSE
Je la connais ; je gagerais qu'elle vient finement, à son ordinaire, m'insinuer qu'ils s'aiment, Dorante et eUe. Écoutons.