ACTE II — SCÈNE X
mais si vous la mariez, et que vous soyez bien aise d'en disposer à mon gré, vous la donnerez à Frontin. Entendez-vous, maître Biaise ?
BLAISE
J'entends bian, madame ; mais il y a, morgue î bian une autre histoire qui trotte par le monde, et qui nous chagraine. Il s'agit que je venons vous crier marci.
LA COMTESSE
Qu'est-ce que c'est? D'où vient que Lisette pleure?
LISETTE
Mon père vous le dira, madame.
BLAISE
C'est, ne vous déplaise, madame, qu'Arlequin est un mal appris ; mais que les pus mal appris de tout ça, c'est monsieur Dorante et madame la marquise, qui ont eu la finesse de manigancer la volonté d'Arlequin, à celle fin qu'il ne voulît pus d'elle ; maugré qu'aile en veuille bian, comme je me doute qu'il en voudrait peut-être bian itou, si en le laissait vouloir ce qu'il veut, et qu'en n'y boutît pas empêchement.
LA COMTESSE
Et quel empêchement ?
BLAISE
Oui, madame ; par le mouyen d'une fille qu'ils appelont Marton, que madame la marquise a eu l'avisement d'inventer par malice, pour la promettre à Arlequin.
LA COMTESSE
Ceci est curieux.
BLAISE
En disant, comme ça, que faut qu'ils s'épousient
à Paris, la mijaurée et li, dans l'intention de porter dommage à noute enfant, qui va choir en confusion de cette malice ; car ça n'est rien qu'un micmac pour affronter noute bonne renommée et la vôtre, madame, pour se gobarger de nous trois. C'est touchant ça que je venons vous demander
justice. ^^ COMTESSE.
Il faudra bien tâcher de vous la faire. Chevalier, ceci change les choses ; il ne faut plus que Frontin y songe. Allez, Lisette, ne vous affligez pas ; laissez la marquise proposer tant qu'elle voudra ses Martons ; je vous en rendrai bon compte. Oui, je n'en doute pas, c'est cette femme-là, que je ménageais tant, qui m'attaque par cette manœuvre. Dorante n'y a d'autre part que sa complaisance ; mais peut-être me reste-t-il encore plus de crédit sur lui qu'elle ne se l'imagine. Ne vous embarrassez pas. , -ro^-T^^.
^ LISETTE
Arlequin vient de me traiter avec une indifférence insupportable ; il semble qu'il ne m'ait jamais vue. Voyez de quoi la marquise se mêle !
BLAISE
Empêcher qu'une fille ne soit la femme du monde !
LA COMTESSE
On y remédiera, vous dis-je.
FRONTIN
Oui ; mais le remède ne me vaudra rien.
LE CHEVALIER
Comtesse, je vous écoute ; mais Toreille vous entend, et l'esprit né vous saisit point ; je né vous conçois pas. Venez çà, Lisette ; tirez-nous cette bizarre aventure au clair. N'êtes-vous pats éprise dé Frontin ?