ACTE III — SCÈNE I
LE CHEVALIER
J'ai même un petit soupçon quétu ném'aimes pas.
FRONTIN
Je l'avais aussi ce petit soupçon-là ; mais je l'ai changé contre une grande certitude.
LISETTE
Votre pénétration n'a point perdu au change.
LE CHEVALIER
Né lé disais-je pas ? Eh ! pourquoi, sandis ! té veux-jé du bien, pendant que tu mé veux du mal ? D'où mé vient ma disposition amicale, tandis que ton cœur mé réfusé lé réciproque ? D'où vient que nous différons dé sentiments ?
LISETTE
Je n'en sais rien. C'est qu'apparemment il faut de la variété dans la vie.
FRONTIN
Je crois que nous sommes aussi très variés tous
«l^^^^- LISETTE.
Oui, si vous m'aimez encore ; sinon, nous sommes uniformes, ^e chevalier.
Dis-moi lé vrai ; tu né mé récommandes pas à ta maîtresse ? ^ ^^.^.^^
LISETTE
Jamais qu'à son indifférence.
FRONTIN
Le service est touchant !
LE CHEVALIER
Tu mé fais donc préjudice auprès d'elle ?
LISETTE
Oh ! tant que je peux, mais pas autrement qu'en
lui parlant contre vous ; car je voudrais qu'elle ne vous aimât pas. Je vous l'avoue ; je ne trompe personne.
FRONTIN
C'est du moins parler cordialement.
LE CHEVALIER
Ah çà ! Lisette, devenons amis.
LISETTE
Non ; faites plutôt comme moi, monsieur ; ne m'aimez pas.
LE CHEVALIER
Je veux que tu m'aimes ; et tu m'aimeras, cadédis ! tu m'aimeras ; je l'entreprends, je mé lé promets.
Vous ne vous tiendrez pas parole.
FRONTIN
Ne savez-vous pas, monsieur, qu'il y a des haines qui ne s'en vont point qu'on ne les paie pour cela ?
LE CHEVALIER
Combien mé coûtera lé départ dé la tienne ?
LISETTE
Rien ; elle n'est pas à vendre.
LE CHEVALIER, Im présentant une boxirse.
Tiens, prends, et la garde, si tu veux.
LISETTE
Non, monsieur ; je vous volerais votre argent.
LE CHEVALIER
Prends, té dis-je, et mé dis seulement ce que ta maîtresse projette.
LISETTE
Non ; mais je vous dirai bien ce que je voudrais