ACTE I — SCÈNE II
seulement quelquefois son petit nez me trotte encore dans la tête ; mais quand je ne songe point à elle, je n'y gagne rien ; car je pense à toutes les femmes en gros, et alors les émotions de cœur que vous dites viennent me tourmenter. Je cours, je saute, je chante, je danse ; je n'ai point d'autre secret pour me chasser cela, mais ce secret-là n'est que de l'onguent miton-mitaine. Je suis dans un grand danger ; et, puisque vous m'aimez tant, ayez la charité de me dire comment je ferai pour devenir fort, quand je suis faible.
LÉLIO
Ce pauvre garçon me fait pitié. Ah ! sexe trompeur, tourmente ceux qui t'approchent, mais laisse en repos ceux qui te fuient!
ARLEQUIN
Cela est trop raisonnable ; pourquoi faire du mal à ceux qui ne te font rien ?
Quand quelqu'un me vante une femme aimable et l'amour qu'il a pour elle, je crois voir un frénétique qui me fait l'éloge d'une vipère, qui me dit qu'elle est charmante, et qu'il a le bonheur d'en être mordu.
ARLEQUIN
Fi donc ! cela fait mourir.
LÉLIO
Eh ! mon cher enfant, la vipère n'ôte que la vie. Femmes, vous nous ravissez notre raison, notre liberté, notre repos ; vous nous ravissez à nous-mêmes, et vous nous laissez vivre ! Ne
voilà-t-il pas des hommes en bel état après ? Des pauvres fous, des hommes troublés, ivres de douleur ou de joie, toujours en convulsion, des esclaves ! Et à qui appartiennent ces esclaves ? A des femmes. Et qu'est-ce que c'est qu'une femme ? Pour la définir il faudrait la connaître ; nous pouvons aujourd'hui en commencer la définition, mais je soutiens qu'on n'en verra le bout qu'à la fin du monde.
ARLEQUIN
En vérité, c'est pourtant un joli petit animal que cette femme, un joli petit chat ; c'est dommage qu'il ait tant de griffes.
LÉLIO
Tu as raison, c'est .dommage ; car enfin, est-i] dans l'univers de figure plus charmante ? Que de grâces, et que de variété dans ces grâces !
ARLEQUIN
C'est une créature à manger.
LÉLIO
Voyez ces ajustements : jupes étroites, jupes er lanterne, coiffure en clocher, coiffure sur le nez capuchon sur la tête, et toutes les modes les plu; extravagantes, mettez-les sur une femme ; de: qu'elles auront touché sa personne enchanteresse c'est l'Amour et les Grâces qui l'ont habillée ; c'es de l'esprit qui lui vient jusques au bout des doigts Cela n'est-il pas .bien singulier ?
ARLEQUIN
Oh ! cela est vrai ! il n'y a, mardi ! pas de livr qui ait tant d'esprit qu'une femme, quand elle esi en corset et en petites pantoufles.