‹ ThéâtreChapitre 68 sur 405 · ACTE II — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE III

COLOMBINE

Puisqu'on ne peut avoir l'honneur de ta compagnie qu'à ce prix-là, je le veux bien ; promenonsnous. (A part, en se promenant, comme Arlequin fait de son côté.) Tout en badinant, cependant, me voilà dans la fantaisie d'être aimée de ce petit corps-là.

ARLEQUIN, déconcerté, et se promenant de son côté.

C'est une malédiction que cet amour ; il m'a tourmenté quand j'en avais, et il me fait encore du mal à cette heure que je n'en veux point. Il faut prendre patience et faire bonne mine, (il

chante.)

COLOMBINE, l'arrêtant.

Mais vraiment, tu as la voix belle. Sais-tu la musique ?

ARLEQUIN, s'arrêtant aussi.

Oui, je commence à lire les paroles.

(Il chante de nouveau.) COLOMBINE, continuant de se promener.

Peste soit du petit coquin ! Sérieusement je crois qu'il me pique.

ARLEQUIN

Elle me regarde ; elle voit bien que je fais semblant de ne pas songer à elle.

COLOMBINE

Arlequin ?

ARLEQUIN

Hum!

COLOMBINE

Je commence à me lasser de la promenade.

ARLEQUIN

Cela se peut bien.

COLOMBINE

Comment te va le cœur ?

ARLEQUIN

Ah ! je ne prends pas garde à cela'.

COLOMBINE

Gageons que tu m'aimes ?

Je ne gage jamais ; je suis trop malheureux, je perds toujours.

COLOMBINE

Oh ! tu m. 'ennuies ; je veux que tu me dises franchement que tu m'aimes.

ARLEQUIN

Encore un petit tour de promenade.

COLOMBINE

Non ; parle, ou je te hais.

ARLEQUIN

Et que t'ai-je fait pour me haïr ?

COLOMBINE

Savez- vous bien, monsieur le butor, que je vous trouve à m.on gré, et qu'il faut que vous soupiriez pour moi ?

ARLEQUIN

Je te plais donc ?

COLOMBINE

Oui ; ta petite figure me revient assez.

ARLEQUIN

Je suis perdu, j'étouffe; adieu, m' amie ; sauve qui peut... Ah ! monsieur, vous voilà ?

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