ACTE II — SCÈNE V
Mais, encore une fois, je vous dis que Colombine m'attrapera ; je le sens bien.
LÉLIO
Ecoute ; après tout, mon pauvre Arlequin, si tu te fais tant de violence pour ne pas aimer cette fille-là, je ne t'ai jamais conseillé l'impossible.
ARLEQUIN
Par la mardi ! vous parlez d'or ; vous m'ôtez plus de cent pesant de dessus le corps, et vous prenez bien la chose. Franchement, monsieur, la femme est un peu vaurienne, mais elle a du bon. Entre nous, je la crois plus ratière que malicieuse. Je m'en vais tâcher de rencontrer Colombine, et je ferai votre affaire. Je ne veux pas l'aimer ; mais si j'ai tant de peine à me retenir, adieu paniers, je me laisserai aller. Si vous m'en croyez, vous ferez de même. Être amoureux et ne l'être pas, ma foi ! je donnerais le choix pour un liard. C'est misère ; j'aime mieux la misère gaillarde que la misère triste. Adieu ; je vais travailler pour vous.
LÉLIO
Attends... Tiens, ce n'est pas la peine que tu y ailles.
ARLEQUIN
Pourquoi ?
LÉLIO
C'est que ce que je pourrais apprendre ne me servirait de rien. Si elle m'aime, que m'importe ? Si elle ne m'aime pas, je n'ai pas besoin de le savoir. Ainsi je ferai mieux de rester comme je suis.
Monsieur, si je deviens amoureux, je veux avoir
iio LA SURPRISE DE L'AMOUR
la consolation que vous le soyez aussi, afin qu'on dise toujours : « Tel valet, tel maître. » Je ne m'embarrasse pas d'être un ridicule, pourvu que je vous ressemble. Si la comtesse vous aime, je viendrai vitement vous le dire, afin que cela vous achève ; par bonheur vous êtes déjà bien avancé, et cela me fait grand plaisir. Je m'en vais voir l'air du bureau.