ACTE II — SCÈNE V
fou pour me dire que je lui plais, après son billet et son procédé.
ARLEQUIN
Son billet ! De qui parlez-vous ?
LÉLIO
D'elle.
ARLEQUIN
Eh bien ! ce billet n'est pas d'elle.
Il ne vient pas d'elle ?
ARLEQUIN
Pardi ! non ; c'est de la comtesse.
LÉLIO
Eh ! de qui diantre me parles-tu donc, butor ?
ARLEQUIN
Moi ? de Colombine. Ce n'était donc pas à cause d'elle que vous vouliez me mener à Constantinople ?
LÉLIO
Peste soit de l'animal avec son galimatias !
ARLEQUIN
Je croyais que c'était pour moi que vous vouliez voyager.
LÉLIO
Oh ! qu'il ne t'arrive plus de faire de ces mépriseslà ; car j'étais certain que tu n'avais rien remarqué pour moi dans la comtesse.
ARLEQUIN
Si fait ; j'ai remarqué qu'elle vous aimera bientôt.
LÉLIO
Tu rêves.
To8 LA SURPRISE DE L'AMOUR
Et je remarque que vous l'aimerez aussi.
LÉLIO
Moi, l'aimer ! moi, l'aimer ! Tiens, tu me feras plaisir de savoir adroitement de Colombine les dispositions où elle se trouve, car je veux savoir à quoi m'en tenir ; et si, contre toute apparence, il se trouvait dans son cœur une ombre de penchant pour moi, vite à cheval ; je pars.
ARLEQUIN
Bon ! et vous partez demain pour Paris.
LÉLIO
Qui est-ce qui t'a dit cela ?
ARLEQUIN
Vous, il n'y a qu'un moment ; mais c'est que la mémoire vous manque, comme à moi. Voulez- vous que je vous dise ? Il est bien aisé de voir que le cœur vous démange : vous parlez tout seul ; vous faites des discours qui ont dix lieues de long ; vous voulez aller en Turquie ; vous mettez vos bottes, vous les ôtez ; vous partez, vous restez ; et puis du noir, et puis du blaiic. Pardi ! quand on ne sait ni ce qu'on dit ni ce qu'on fait, ce n'est pas pour des prunes. Et moi, que ferai-je après ? Quand je vois mon maître qui perd l'esprit, le mien s'en va de compagnie.
LÉLIO
Je te dis qu'il ne me reste plus qu'une simple curiosité, c'est de savoir s'il ne se passerait pas quelque chose dans le cœur de la comtesse, et je donnerais tout à l'heure cent écus pour avoir soupçonné juste. Tâchons de le savoir.