‹ ThéâtreChapitre 84 sur 405 · ACTE III — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE I

COLOMBINE

Je n'ai pas le temps, monsieur Arlequin.

ARLEQUIN

Eh ! allons donc, faut-il avoir des manières comme cela avec moi ? Vous me traitez de monsieur ; cela est-il honnête ?

COLOMBINE

Très honnête : mais vous m'amusez ; laissezmoi. Que voulez- vous que je fasse ici !

ARLEQUIN

Me dire comment je" me porte, par exemple ; me faire de petites questions : Arlequin par-ci, Arlequin par-là ; me demander, comme tantôt, si je vous aime ; que sait-on ? peut-être je vous répondrai qu'oui.

COLOMBINE

Oh ! je ne m'y fie plus.

Si fait, si fait ; fîez-vous-y pour voir.

COLOMBINE

Non ; vous haïssez trop les femmes.

ARLEQUIN

Cela m'a passé ; je leur pardonne.

COLOMBINE

Et moi, à compter d'aujourd'hui, je me brouille avec les hommes. Dans un an ou deux, je me raccommoderai peut-être avec ces nigauds-là.

ARLEQUIN

Il faudra donc que je me tienne pendant ce temps-là les bras croisés à vous voir venir, moi ?

COLOMBINE

Voyez-moi venir dans la posture qu'il vous

plaira ; que m'importe que vos bras soient croisés ou ne le soient pas ?

ARLEQUIN

Par la sambille ! j 'enrage. Maudit esprit lunatique, que je te donnerais de grand cœur un bon coup de poing, si tu ne portais pas une cornette !

COLOMBIXE, riant.

Ah ! je vous entends. Vous m'aimez ; j'en suis fâchée, mon ami ; le ciel vous assiste !

Mardi ! oui, je t'aime ; mais, laisse-moi faire. Tiens, mon chien d'amour s'en ira ; je m'étranglerais plutôt. Je m'en vais être ivrogne ; je jouerai à la boule toute la journée ; je prierai mon maître de m'apprendre le piquet ; je jouerai avec lui ou avec moi ; je dormirai plutôt que de rester sans rien faire. Tu verras, va ; je cours tirer bouteille pour commencer.

COLOMBINE

Tu mériterais que je te fisse expirer par pur chagrin ; mais je suis généreuse. Tu as méprisé toutes les suivantes de France en ma personne ; je les représente. Il faut une réparation à cette insulte. A mon égard, je t'en quitterais volontiers ; mais je ne puis trahir les intérêts et l'honneur d'un corps aussi respectable pour toi. Fais-lui donc satisfaction ; demande-lui à genoux pardon de toutes tes impertinences, et ta grâce ^ t'est accordée.

ARLEQUIN

M' aimeras- tu après cette autre impertinencelà ?

COLOMBINE

Humilie-toi, et tu seras instruit.

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