ACTE III — SCËXE I
ARLEQUIN, se mettant à genoux.
Pardi ! je le veux bien ; je demande pardon à ce drôle de corps pour qui tu parles.
COLOMBIXE.
En diras-tu du bien ?
C'est une autre affaire ; il est défendu de mentir.
COLOMBINE
Point de grâce.
ARLEQUIN
Accommodons-nous. Je n'en dirai ni bien ni mal. Est-ce fait ?
COLOMBINE
Eh ! la réparation est un peu cavalière ; mais le corps n'est pas formaliste. Baise-moi la main en signe de paix, et lève-toi. Tu me parais vraiment repentant ; cela me fait plaisir.
ARLEQUIN
Tu m'aimeras, au moins !
COLOMBINE
Je l'espère.
ARLEQUIN, sautant.
Je me sens plus léger qu'une plume.
COLOMBINE
Écoute, nous avons intérêt de hâter l'amour de nos maîtres ; il faut qu'ils se marient ensemble.
ARLEQUIN
Oui, afin que je ti épouse par-dessus le marché.
COLOMBINE
Tu l'as dit ; n'oublions rien pour les conduire à s'avouer qu'ils s'aiment. Quand tu rendras la boîte à la comtesse, ne manque pas de lui dire
pourquoi ton maître en garde le portrait. Je la vois qui rêve ; retire-toi et reviens dans un moment, de peur qu'en nous voyant ensemble, elle ne nous soupçonne d'être d'intelligence. J'ai dessein de la faire parler ; je veux qu'elle sache qu'elle aime ; son amour en ira mieux, quand elle se l'avouera.
(Arlequin sort.)