‹ ThéâtreChapitre 87 sur 405 · ACTE III — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE II

COLOMBINE

Faute de savoir deviner.

LA COMTESSE

Comment, deviner ! Faut-il tant de fois vous répéter les choses ?

COLOMBINE

Ce qui n'a jamais été dit n'a pas été répété, madame ; cela est clair ; demandez à tout le monde.

LA COMTESSE

Vous êtes une grande raisonneuse.

COLOMBINE

Qui diantre savait que vous voulussiez partir pour aller quelque part ? Mais je m'en vais avertir le cocher.

LA COMTESSE

Il n'est plus temps.

COLOMBINE

Il ne faut qu'un instant.

Je vous dis qu'il est trop tard.

COLOMBINE

Peut-on vous demander où vous vouliez aller, madame ?

LA COMTESSE

Chez ma sœur, qui est à sa terre ; j 'avais dessein d'y passer quelques jours.

COLOMBINE

Et la raison de ce dessein-là ?

LA COMTESSE

Pour quitter Lélio, qui s'avise de m'aimer, je pense.

COLOMBIXE.

Oh ! rassurez-vous, madame ; je crois maintenant qu'il n'en est rien.

LA COMTESSE

Il n'en est rien ! Je vous trouve bien plaisante de me venir dire qu'il n'en est rien, vous de qui je sais la chose en partie.

COLOMBINE

Cela est vrai, je l'avais cru ; mais je vois que je me suis trompée.

LA COMTESSE

Vous êtes faite aujourd'hui pour m'impatienter.

Ce n'est pas mon intention.

LA COMTESSE

Non, aujourd'hui vous ne m'avez répondu que des impertinences.

COLOMBINE

Mais, madamie, tout le monde peut se tromper.

LA COMTESSE

Je vous dis encore une fois que cet homme-là m'aime, et que je vous trouve ridicule de me disputer cela. Prenez-y garde, vous me répondrez de cet amour-là, au moins !

COLOMBINE

Moi, madame ? m'a-t-il donné son cœur en garde ? Eh ! que vous importe qu'il vous aime ?

LA COMTESSE

Ce n'est pas son amour qui m'importe, je ne m'en soucie guère ; mais il m'importe de ne point prendre de fausses idées des gens, et de n'être pas la dupe étemelle de vos étourderies.

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