ACTE III — SCÈNE II
COLOMBINE
Faute de savoir deviner.
LA COMTESSE
Comment, deviner ! Faut-il tant de fois vous répéter les choses ?
COLOMBINE
Ce qui n'a jamais été dit n'a pas été répété, madame ; cela est clair ; demandez à tout le monde.
LA COMTESSE
Vous êtes une grande raisonneuse.
COLOMBINE
Qui diantre savait que vous voulussiez partir pour aller quelque part ? Mais je m'en vais avertir le cocher.
LA COMTESSE
Il n'est plus temps.
COLOMBINE
Il ne faut qu'un instant.
Je vous dis qu'il est trop tard.
COLOMBINE
Peut-on vous demander où vous vouliez aller, madame ?
LA COMTESSE
Chez ma sœur, qui est à sa terre ; j 'avais dessein d'y passer quelques jours.
COLOMBINE
Et la raison de ce dessein-là ?
LA COMTESSE
Pour quitter Lélio, qui s'avise de m'aimer, je pense.
COLOMBIXE.
Oh ! rassurez-vous, madame ; je crois maintenant qu'il n'en est rien.
LA COMTESSE
Il n'en est rien ! Je vous trouve bien plaisante de me venir dire qu'il n'en est rien, vous de qui je sais la chose en partie.
COLOMBINE
Cela est vrai, je l'avais cru ; mais je vois que je me suis trompée.
LA COMTESSE
Vous êtes faite aujourd'hui pour m'impatienter.
Ce n'est pas mon intention.
LA COMTESSE
Non, aujourd'hui vous ne m'avez répondu que des impertinences.
COLOMBINE
Mais, madamie, tout le monde peut se tromper.
LA COMTESSE
Je vous dis encore une fois que cet homme-là m'aime, et que je vous trouve ridicule de me disputer cela. Prenez-y garde, vous me répondrez de cet amour-là, au moins !
COLOMBINE
Moi, madame ? m'a-t-il donné son cœur en garde ? Eh ! que vous importe qu'il vous aime ?
LA COMTESSE
Ce n'est pas son amour qui m'importe, je ne m'en soucie guère ; mais il m'importe de ne point prendre de fausses idées des gens, et de n'être pas la dupe étemelle de vos étourderies.