‹ ThéâtreChapitre 89 sur 405 · ACTE III — SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE II

homme honteux de dire une impertinence, qu'il adoucit le plus qu'il peut.

LA COMTESSE

Non, Colombine, cela ne se peut pas ; tu n'y étais pas ; tu ne lui as pas vu prononcer ces paroleslà ; je t'assure qu'il les a dites d'un ton de cœur attendri. Par quel esprit de contradiction veux-tu penser autrement ? J'y étais ; je m'y connais, ou bien Lélio est le plus fourbe de tous les hommes ; et s'il ne m'aime pas, je fais vœu de détester son caractère. Oui, son honneur y est engagé ; il faut qu'il m'aime, oa qu'il soit un malhonnête homme ; il aurait donc voulu me faire prendre le change ?

COLOMBINE

Il VOUS aimait peut-être, et je lui avais dit que vous pourriez l'aimer ; mais vous vous êtes fâchée, et j'ai détruit mon ouvrage. J'ai dit tantôt à Arlequin que vous ne songiez nullement à lui, que j'avais voulu flatter son maître pour me divertir, et qu'enfin M. Lélio était l'homme du monde que vous aimeriez le moins.

LA COMTESSE

Et cela n'est pas vrai. De quoi vous mêlez-vous, Colombine ? Si M. Lélio a du penchant pour moi, de quoi vous avisez- vous d'aller mortifier un homme à qui je ne veux point de mal, que j'estime ? Il faut avoir le cœur bien dur pour donner du chagrin aux gens sans nécessité ! En vérité, vous avez juré de me désobliger.

COLOMBINE

Tenez, madame, dussiez-vous me quereller, vous aimez cet homme à qui vous ne voulez point de mal. Oui, vous l'aimez.

LA COMTESSE

Retirez-vous.

COLOMBINE

Je vous demande pardon.

LA COMTESSE

Retirez- vous, vous dis-je ; j'aurai soin demain de vous payer et de vous renvoyer à Paris.

COLOMBINE

Madame, il n'y a que l'intention de punissable, et je fais serment que je n'ai eu nul dessein de vous fâcher ; je vous respecte et je vous aime, vous le savez.

LA COMTESSE

Colombine, je vous passe encore cette sottise-là ; observez- vous bien dorénavant.

COLOMBINE, à part.

Vo\-ons la fin de cela. (Haut.) Je vous l'avoue, une seule chose me chagrine ; c'est de m' apercevoir que vous manquez de confiance en moi, qui ne veux savoir vos secrets que pour vous servir. De grâce, ma chère maîtresse, ne me donnez plus ce chagrin-là ; récompensez mon zèle pour vous ; ouvrez-moi votre cœur, vous n'en serez point fâchée. (Elle approche de sa maîtresse, et la caresse.)

LA COMTESSE

Ah!

COLOMBINE

Eh bien ! voilà un soupir ; c'est un com.mencement de franchise ; achevez donc.

LA COMTESSE

Colombine !

COLOMBINE

Madame ?

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