‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 100 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. i

PHORBAS

Je vous ai vu ; jugez de mon effroi :

Vous possédiez le trône et l’épouse du roi ;

Thèbes vous entourait de sa reconnaissance.

Comment parler ? j’ai fui loin de votre puissance ;

Sous un rustique toit mes jours étaient cachés :

J’y gardais mon secret, et vous me l’arrachez!

ŒDIPE

C’en est fait !

POLICLÈS.

C’est lui-mème. Il est glacé par l’âge;

Ses cheveux sont blanchis : mais plus je l’envisage...

ŒDIPE

Phorbas vous est connu?,

Que veut cet étranger?

POLICLÈS.

C’est lui, roi des Thébains, c’est ce môme berger...

ŒDIPE

Est-il vrai?

POLICLÈS.

Qui jadis me remit votre enfance.

U peut de vos parens vous donner connaissance.

PHORBAS

Moi ! craignez d’écouter, éloignez l’imposteur.

POLICLÈS.

Des troupeaux de Laïus n’éticz-vous point pasteur?

OEDIPE-ROI

» PHORBAS

Oui.

POLICLÈS.

Du mont Cîthéron vous recherchiez les ombres ;

Je guidais , comme vous , dans ces profondeurs sombres* Les troupeaux de Polybe à mes soins confies.

PHORBAS

Pourquoi retracez-vous des temps presque oubliés?

POLICLÈS.

Non, je ne croirai pas que votre cœur oublie L’enfant qui , sans nous deux , allait perdre la vie.

PHORBAS

Qu’as-tu dit?

POLICLÈS.

Cet enfant règne aujourd’hui sur vous.

PHORBAS

Ah î puisses-tu des dieux éprouver le courroux !

ŒDIPE

Réponds sans le permettre un vœu si téméraire.

PHORBAS

Il parle en imprudent; il dit ce qu’il doit taire.

Tu parleras toi-même, et fût-ce malgré toi.

PHORBAS

Épargnez un vieillard ; que voulez-vous de moi ?

ŒDIPE

A s- tu livré l’enfant?

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