SCÈNE y
LE CHOEUR
Gloire, édifice mobile, „
Élevé sur le néant;
O félicité fragile,
Eclair qui luis un instant;
OEdipe est éclipsé; vous fuyez loin d’OEdipe.
Il fut grand; il fut roi; tant d’éclat se dissipe :
Un souffle des destins a terni sa splendeur.
Ah! pour Thèbes consternée,
Quelle humaine destinée Aura le nom de bonheur?
i38 OEDIPE-ROÏ.
Œdipe, à nos rives tremblantes Ta généreuse main prodiguant les bienfaits ,
De l’aigle altéré de forfaits Abattit les ailes sanglantes :
Mais , au sommet de ton pouvoir ,
La foudre a plané sur ta tète ;
Tu t’écroules sous la tempête,
Submergé dans l’opprobre et dans le désespoir.
Ton sort fut-il jamais prospère?
C’est dans la même couche , et dans le même sein , Qu’un incestueux assassin Se vit enfant , époux et père.
Ah! comment le lit paternel N’a-t-il pas demandé vengeance?
Comment souffrait-il la présence D’un enfant, d’un époux, d’un père criminel?
Le temps sévère, mais juste,
Tenant l’œil toujours ouvert, ■
Hymen , de ton voile auguste A vu l’inceste couvert.
Qui viendra maintenant dissiper nos ténèbres?
Sans toi , fils de Laïus , en ces remparts funèbres , Tous les yeux se fermaient au soleil qui nous luit : Mais le héros tutélaire Qui nous rendit la lumière,
Nous replonge dans la nuit.