‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 103 sur 286 · SCÈNE y · texte numérisé non relu

SCÈNE y

LE CHOEUR

Gloire, édifice mobile, „

Élevé sur le néant;

O félicité fragile,

Eclair qui luis un instant;

OEdipe est éclipsé; vous fuyez loin d’OEdipe.

Il fut grand; il fut roi; tant d’éclat se dissipe :

Un souffle des destins a terni sa splendeur.

Ah! pour Thèbes consternée,

Quelle humaine destinée Aura le nom de bonheur?

i38 OEDIPE-ROÏ.

Œdipe, à nos rives tremblantes Ta généreuse main prodiguant les bienfaits ,

De l’aigle altéré de forfaits Abattit les ailes sanglantes :

Mais , au sommet de ton pouvoir ,

La foudre a plané sur ta tète ;

Tu t’écroules sous la tempête,

Submergé dans l’opprobre et dans le désespoir.

Ton sort fut-il jamais prospère?

C’est dans la même couche , et dans le même sein , Qu’un incestueux assassin Se vit enfant , époux et père.

Ah! comment le lit paternel N’a-t-il pas demandé vengeance?

Comment souffrait-il la présence D’un enfant, d’un époux, d’un père criminel?

Le temps sévère, mais juste,

Tenant l’œil toujours ouvert, ■

Hymen , de ton voile auguste A vu l’inceste couvert.

Qui viendra maintenant dissiper nos ténèbres?

Sans toi , fils de Laïus , en ces remparts funèbres , Tous les yeux se fermaient au soleil qui nous luit : Mais le héros tutélaire Qui nous rendit la lumière,

Nous replonge dans la nuit.

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