ACTE V, SCÈNE I
La mort décolorait son front sans diadème ;
Cet éclatant tissu , marque du rang suprême , Prêtant au désespoir un horrible secours,
De ses jours malheureux avait tranché le cours. Tout gémit. Le roi seul, dans un aflreux silence, Contemple ces débris, et tout à coup s’élance :
Une agrafe où brillaient l’or et les diamans ,
Et qui de votre reine ornait les vêtemens , Devenant pour OEdipe une arme meurtrière ,
De ses yeux déchirés arrache la lumière.
Leurs vestiges encor, attestant ses douleurs ,
Avec des flots de sang laissaient tomber des pleurs. Des maux, que peut unir la colère céleste,
Nul aujourd’hui ne manque à ce "couple funeste , Modèle d’un bonheur qui s’est évanoui ,
D’infortune et de crime assemblage inoui.
LE CHOEUR
Et maintenant OEdipe est délaissé peut-être ?
Que fait-il?
LE GRAND-PRÊTRE
Devant vous OEdipe va paraître.
Il veut, hors du palais, avant de fuir ces lieux, Etaler au grand jour, montrer à tous les yeux ,
Le fils deux fois coupable , et la tête proscrite Sur qui des immortels la vengeance est écrite ;
Celui qui de son père a tranché les destins •,
Qui de sa mère... On ouvre; et le voici, Thébains. Contemplez votre roi. Le malheur qui l’accable Arracherait des pleurs à la haine implacable.
ŒDIPE-ROI
LE CHOEUR
O spectacle effrayant! mais digne de pitié!
Ah! quel que soit le crime, il est trop expié!