ACTE I, SCÈNE II
LE CH OEU R .
Vos mains n’ont-elles pas versé le sang d’un père? N’avez-vous pas souillé le lit de votre mère?
ŒDIPE
Ah! déclaré coupable avant que d’être né.
Songez-vous qu’en naissant je fus abandonné?
Avant de me proscrire, entendez ma défense.
A la cour de Corinthe on nourrit mon enfance;
3’ignorais mes parens et jusqu’à mon pays :
Je rencontrai Laïus et je le combattis ;
De mes jiîurs menacés, défenseur légitime.
Sans la connaître, hélas! j’immolai ma victime. •
Au moment où le Spliynx est tombé sous mes coups La veuve de Laïus me choisit pour époux.
Savions-nous tous les deux ma naissance funeste?
Non ; les autels d’hymen sanctifiaient l’inceste :
De la fatalité subissant les arrêts,
Au sein de la vertu j’ai commis des forfaits.
De Delphes maintenant aux rives de l’Attique,
Je me rends sur la foi du trépied prophétique 5 Apollon m’a guidé vers ces bois protecteurs :
J’y laisserai ma cendre; et de mes bienfaiteurs,.
Ce trésor à son tour, protégeant les murailles ,
Doit leur assujétir le destin des batailles.
Ne prétendez donc plus, vieillards qui m’écoutez, M’effrayer par le nomades pâles déités :
De leurs flambeaux vengeurs je ne sens point la flamme;
Le remords déchirant ne flétrit point mon ame :
Criminel devant vous, je suis pur à leurs yeux;
iGo OEDIPE A COLONE.
Et leur auguste appui m’attendait dans ces lieux.
LE CHOEUR
A décider sur vous le roi seul peut prétendre, OEdipe; en attendant qu’il vienne vous entendre, Goûtez quelque repos dtns ce lieu solennel.
Cueillez, GUe si douce à son cœur paternel,
De l’arbre de Pallas les branches révérées ; Plongez-les dans les eaux des fontaines sacrées;
D’un aveugle chéri guidez les pas tremblans;
L’olive dans les mains, et tous deux supplians,
Tous deux prosternez-vous sur les degrés du temple: Puisse OEdipe y fléchir le ciel qui le contemple^
ANTIGONE
Vos désirs sont remplis : vous, mon père, venez.
OEDIP E.
O Allés de la nuit , devant vous prosternés ,
Nous élevons vers vous notre voix gémissante ; *
Accueillez les soupirs de ma 611e innocente;
Terminez mon exil : je vous offre des pleurs,
Une ame résignée, et trente ans de malheurs.
LE CHOEUR
Recevez, chastes Euménides,
Les vœux qui vous sont présentés; Redoutables divinités De larmes et dè sang avües,
Calmez vos serpens irrités;
Éteignez vos flambeaux livides.
Que les dieux , à leurs ennemis,