‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 118 sur 286 · ACTE II, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. i

Je voudrais, corrigeant un destin trop sévère,

Vous offrir dans ma cour des soins consolateurs.

Et d’un fils de Cadrmis honorer les malheurs.

Si pourtant vos désirs ont choisi ces retraites,

Si des dieux immortels les volontés secrètes, '

En ce lieu redoutable ont arrèt^ vos pas.

Aux dieux, à vos désirs- je ne résiste pas.

Vous n’ordonnerez rien qui me soit impossible.

J’appris de l’infortune à devenir sensible ;

Vous souffrez : mon devoir est de vous secourir.

Mortel, ainsi que vous, je naquis pour souffrir;

Jeune encor, j’ai des maux la longue expérience :

J’ai traîné dans l’exil mon orageuse enfance.

L’éclat d’un jour plus pur n’éblouit point mes yeux : Les humains ont l’espoir, l’avenir est aux dieux.

ŒDIPE

Ah ! le ciel vous devait cet empire en partage ;

Un sage souverain mérite un peuple sage;

Je reconnais en vous le sang des immortels ,

Et c’est par ce chemin qu’on s’élève aux autels.

Mais, en un palais, moi, long -temps privé d’asile, Moi, que je cherche~encore une pompe stérile!

Je viens de mes malheurs, déposant le fardeau,

En des lieux sans éclat demander un tombeau.

THÉSÉE

Vivez, vivez long-temps sur cette heureuse terre.

• OEDIPE

L’appui que vous m’offrez peut vous donner la guerre. Les Thébains en leurs murs voudront me ramener.

164 OEDIPE A COLONE

THÉSÉE

Et vous-raème à l’exil pourquoi vous condamner?

OEDIPE

Jadis il§ m’ont banni ; mes maux sont leur ouvrage. jjnÉSÉE.

Pourquoi desirent-ils de réparer l’outrage?

’oedipe.

Pour désarmer les dieux qui les ont menacés.

* THÉSÉE

Quels revers aux Thébains seraient donc annoncés ?

. OE D I P e .

Par votre peuple un jour Thèbes sera punie.

THÉSÉE

Thèbes, par des traités, à mon peuple est unie.

OEDIPE. a

Tout, excepté les dieux, subit les lois du sort '•

Tout naît, change, vieillit, et trouve enfin la mort. Renversés par le temps, les empires s’écroulent ;

Les siècles dévorés comme un instant s’écoulent;

Miné par une longue et mortelle langueur,

Le corps sent par degrés s’éteindre sa vigueur.

Ces palais somptueux, ces campagnes fertiles Seront de vains débris, des sables inutiles.

Des intérêts communs unissent les humains;

Des intérêts divers ensanglantent leurs mains.

La fidélité meurt; de sa cendre attiédie

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