‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 123 sur 286 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Moi-même, avec ardeur, j’ai brigué cet emploi.

Quelle houle, en effet, quelle douleur pour moi! Amitié, nœuds du sang, intérêt, tout nous lie.

Quelle ville à ce point fut jamais avilie?

Celui qui fut son roi, dénué de secours,

Traînant de bords en bords ses misérables jours!

À l’insulte, au mépris près de lui condamnée,

Sa fille!... Qui l’eût dit, princesse infortunée,

Que, brillante d’attraits, et dans ces jours si doux Où le flambeau d’hymen devait luire peur vous,

Au temps où du bonheur l’image enchanteresse Dans un long avenir sourit à la jeunesse.

Seule, d’un père aveugle épousant le destin,

Vous iriez mendier un asile incertain?

Ah! rendez-vous, Œdipe, au dessein qui m’amène; Venez, au nom des dieux, des nymphes de l’Ismène, Au nom d'un peuple ingrat, mais d’un peuple puni, Réduit à supplier le roi qu’il a banni.

Le crime est odieux , le repentir l’efïkce ;

Cessez de prolonger la commune disgrâce;

Et, dans votre palais, monarque de retour,

Au rang de vos aïeux remontez en ce jour.

Créon , près d’un banni le soin qu’on daigne prendre , Comme il doit me flatter, a lieu de me surprendre. ^ Les Thébains repentans vous ont remis leurs droits; Vous êtes , en effet , digne d’un pareil choix.

De leur ambassadeur connaissant l’éloquence,

Sans doute ils ont compté sur peu de résistance. Retournez auprès d’eux; portez-leur mes refus.

1 7* OEDIPE A COLONE

CRÉOK,

Ils rappellent OEdipe.

OEDIP E.

Ils ne le verront plus.

Ah ! tandis que pour moi l’exil avait des charmes ,

Ils refusaient lexil à mes voeux, à mes larmes.

De mon sort, par degrés, je dissipai l’horreur;

Une lueur d espoir vint éclairer mon cœur ;

Soudain se réveilla leur injuste furie ;

Dans l’Univers entier je me vis sans patrie.

Pour fléchir les Thebains je n’ai rien oublié,

Des Thébains endurcis rien n’émut la pitié :

Vous osez me l’offrir lorsque je la déteste !

Perfides, loin de moi votre pitié funeste!

Loin de moi ce palais où , par vous ramené ,

Votre esclave royal languirait enchaîné!

C est ici, car je vois le motif qui vous presse,

Ici que vous attend ma cendre vengeresse.

Ma fille est tout pour moi ; mes fils doivent périr.

De ces remparts thébains qu’ils veulent conquérir,

De ces champs ou la guerre avec eux va descendre, Us nauront que le champ où dormira leur cendre. Vous, prince anfbitieux, parent dénaturé,

Ne déshonorez plus un rivage sacré;

Ne vous arrêtez pas dans l’air que je respire ;

Vous périrez sujet; ma fille aura l’empire;

Et , courbés à leur tour sous les dieux offensés ,

Les Thébains me rendront les pleurs que j’ai versés. .

CRÉOH.

Je n’ai donc entrepris qu’une démarche vaine!

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