‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 124 sur 286 · ACTE III, SCÈNE IL i -jS · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL i -jS

Loin de vous apaiser j’irrite votre haine!

De Thèbes désormais tout vous est odieux!

Je ne vous presse plus d’abandonner ces lieux.

Vous le voulez; restez : mais cessez de prétendre Que loin de son pays, dans un âge «i tendre,

Ignorant l’hyménée et ses chastes douceurs ,

Cette princesse encor se nourrisse de pleurs.

Son front chéri du ciel demande une couronne;

Elle suivra mes pas, puisque Thèbes l’ordonne.

C’est languir trop long-temps sous un "ciel étranger. àktigone.

Par ta pitié cruelle oses-tu m’outrager?

Ne parle plus d’hymen, de Thèbes, de couronne;

Au malheureux OEdipe arracher Antigone!

Que ferait un vieillard qui, jusques aujourd’hui,

Exilé, vagabond, n’eut que mon faible appui,

Qui m’aime, qui m’est cher; dont l’image adorée Me retrace des dieux la majesté sacrée?

Et pour qui désormais faut-il l’abandonner?

Pour toi ! pour les Thébains qui l’ont pu détrôner ! L’espères-tu, dis-moi, qu’ingrate à sa tendresse,

Je pourrai sur ces bords délaisser sa vieillesse ?

Mais un trône m’attend? va, j’aime mieux mon sort, ' Je ne veux point d’un trône où s’assied le remord. OEdipe est avec moi ; je suis trop fortunée :

Il me tient lieu de rang, de grandeur, d’hyménée; Vivante pour lui seul , je trouve dans ses bras Un père, une patrie , un trône et des états.

cnÉON.

Suivez-nous. Ces vieillards ne sauraient vous défendre.

i;4 OEDIPE A COLONE.

ANTIGONE

A quoi tend ce discours ? qu’oseriez-vous prétendre ?

CRÉON

Aux ordres des Thébains nous devons obéir.

ASTICOHE.

Dans les bras paternels viendrez-vous me saisir»?

CRÉON

Soldats! séparez-les.

ŒDIPE

Dieux puissans!

'» LE CHOEUR

Téméraire!

OEDIPE

Ma fille , prends ma main.

ANTIGONE

Je ne le puis , mon père.

ŒDIPE

Où vas-tu ?

ANTIGONE

Les cruels, ils entraînent mes pas.

LE CHŒUR

Quoi! vous voyez ce temple, et vous ne tremblez pas?

ŒDIPE

Arrachez-moi la vie, ou laissez-moi ma fille.

t CRÉON.

Après tant de forfaits tu n’as plus de famille.

Page 1