‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 135 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE IL * i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL * i

Sans respecter en moi les droits de la naissance,

Ont de l’usurpateur reconnu la puissance.

Banni des mêmes lieux dont vous fûtes banni,

Et trop sûr qu’un forfait n’est jamais impuni.

J’ai couru dans Argos étaler mon outrage : «

Adraste veut pour moi signaler son courage ;

Brûlant de me revoir au sein de mes états ,

Il offre à mes désirs sa fille et des soldats;

Conduite par sept chefs , une armée intrépide Demande à s’élancer des champs de l’Argolide.

Apollon nous promet des triomphes certains,

Si vous daignez d’un mot protéger nos destins.

Jusqu’à quand , vous et moi , laissons-nous un impie Jouir d’une couronne indignement ravie ?

O mon père, unissons nos droits et nos malheurs;

A ce roi d’uu moment faisons payer nos pleurs.

Les Thébains reverront OEdipe au rang suprême :

C’est à lui de régner sur eux et sur moi-même.

OEDIPE

Les Thébains! peut-il être un destin plus affreux Que de régner par toi sur toi-même et sur eux?

Si j’en crois tes discours , Etéocle est un traître.

Tu peux t’en étonner? va, ton frère a dû l’être.

11 usurpe ton rang! Mi l’avais usurpé.

Il te trompe... Eh! dis-moi ne m’as-tu pas trompé? Quand tu régnais, ingrat, tes fureurs despotiques M’ont arraché du sein de mes dieux domestiques.

Qui t’a donné le droit d’oser -verser des pleurs?

Tu gémis! non sur moi, sur d’injustes, malheurs ,*

Sur la misère affreuse où tu plongeas ton père;

186 ' OEDIPE A COLONE

Tu gémis de te voir détrôné .par un frère.

D’opprobre et de douleur par vous rassasié,

Des étrangers par vous mendiant la pitié,

Je suis mort dès long-temps pour mes deux fils coupables. Ma fille, s'enchaînant à mes jours déplorables,

Épousa mon exil et mon adversité;

Travaux, dangers, mépris, elle a tout supporté.

Je vis pour Antigone. Eh! vivrais-je sans elle?

Je dois mon existence, à son généreux zèle ;

Elle est toujours ma fille, et vous fûtes mes fils.

Mais je serai vengé; mais vous serez punis;

Sur vos coupables fronts, si long-temps suspendue,

La foudre est toute prête , et va percer la nue :

Va tenter les combats; cours à Thèbes, va, cours;

Ton espoir est fondé sur d’impuissans secours :

Au pied des murs thébains la sentence est écrite;

Elle attend Polynice : allez race proscrite ;

Tous deux dans votre sang vous tomberez plongés,

L’un de l’autre sujets, l’un par l’autre égorgés.

Tous deux je vous dévoue aux noires Euménides ;

Leurs serpens abreuvés du sang des parricides,

D’un père au désespoir, vengeant les pleurs amers. Vous poursuivront tous deux jusque dans les enfers. Mais, tes vœux sont remplis, et tu viens de m’entendre : Va retrouver ce roi qui t’a nommé son gendre;

Dis-lui quel héritage OEdipe furieux Laisse, avant son trépas, à des fils odieux.

POLVKICE.

O ! trop fatal voyage ! auspices exécrables !

Non : je ne reçois point ces adieux redoutables.

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