‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 169 sur 286 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

BRIGITE.

Donné, promis : c’est bon ; mais quand l’aurions-nous pu Il est venu. Dieu sait comment il est venu ;

Il est parti, Dieu sait quel séjour il habite.

Le jour de l’incendie il accourut bien vite;

Dans les torrens de flamme on le vit s’engager,

Sans daigner seulement s’informer du danger :

C’est un guerrier français; il est né magnanime. Envoyé par son Dieu pour sauver la victime ,

De Zoé solitaire il entendit les cris :

Quand les toits embrasés s’écroulaient en débris , Quand déjà l’on pleurait sou inutile zèle ,

On le vit tout à coup s’élancer avec elle ,

Poser d’un bras nerveux son précieux fardeau;

Et, du plus grand sang froid, secouant son manteau, Échapper à nos yeux dans la foule étonnée.

N AT H AN

Echapper, me ^lis-tu? la première journée!

BRIGITE.

Comment! durant trois jours après lui j’ai couru; Enfin sous ces palmiers il a pourtant paru;

De mes courses bientôt je me suis repentie ;

Et tout autre à ma place eût quitté la partie.

Moi , le matin , le soir, je ne le quittais pas ;

Je l’ai prié , pressé d’accompagner mes pas ,

De remplir de Zoé la timide espérance,

De recueillir les pleurs de sa reconnaissance.

Il avait beau me fuir, et souvent m’insulter,

Ses refus outrageans n’ont pu me rebuter :

a38 NATHAN LE SAGE.

Mais, depuis plusieurs jours, toute recherche est vaine; Dix fois, sous les palmiers, sur le mont, dans la plaine, Partout, j’ai demandé si quelqu’un l’avait vu :

On ignore partout ce qu’il est devenu.

Sur cela de Zoé la tête se dérange ;

Car cette chère enfant s’imagine qu’un ange ,

Oui, qu’un ange, le sien, le gardien de ses jours,

Est venu lui prêter de célestes secours.

Un ange!

NATHAN

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