ACTE I, SCÈNE I
BRIGITE.
Donné, promis : c’est bon ; mais quand l’aurions-nous pu Il est venu. Dieu sait comment il est venu ;
Il est parti, Dieu sait quel séjour il habite.
Le jour de l’incendie il accourut bien vite;
Dans les torrens de flamme on le vit s’engager,
Sans daigner seulement s’informer du danger :
C’est un guerrier français; il est né magnanime. Envoyé par son Dieu pour sauver la victime ,
De Zoé solitaire il entendit les cris :
Quand les toits embrasés s’écroulaient en débris , Quand déjà l’on pleurait sou inutile zèle ,
On le vit tout à coup s’élancer avec elle ,
Poser d’un bras nerveux son précieux fardeau;
Et, du plus grand sang froid, secouant son manteau, Échapper à nos yeux dans la foule étonnée.
N AT H AN
Echapper, me ^lis-tu? la première journée!
BRIGITE.
Comment! durant trois jours après lui j’ai couru; Enfin sous ces palmiers il a pourtant paru;
De mes courses bientôt je me suis repentie ;
Et tout autre à ma place eût quitté la partie.
Moi , le matin , le soir, je ne le quittais pas ;
Je l’ai prié , pressé d’accompagner mes pas ,
De remplir de Zoé la timide espérance,
De recueillir les pleurs de sa reconnaissance.
Il avait beau me fuir, et souvent m’insulter,
Ses refus outrageans n’ont pu me rebuter :
a38 NATHAN LE SAGE.
Mais, depuis plusieurs jours, toute recherche est vaine; Dix fois, sous les palmiers, sur le mont, dans la plaine, Partout, j’ai demandé si quelqu’un l’avait vu :
On ignore partout ce qu’il est devenu.
Sur cela de Zoé la tête se dérange ;
Car cette chère enfant s’imagine qu’un ange ,
Oui, qu’un ange, le sien, le gardien de ses jours,
Est venu lui prêter de célestes secours.
Un ange!
NATHAN