ACTE I, SCENE IV. a4g
Vers les yeux du gran homme on se tourne en silence; On attend ses décrets. Tout à coup il s’élance, fusqu’à moi , dans mes bras il arrive épardu ,
Ecarte avec sa main le glaive suspendu ;
Tremblant, baigné de pleurs , et d’une voix humide :
« Jeune Français, dit-il, toi que rien n’intimide!
» J’ai vu par tes chrétiens mes états ravagés;
» Par tes mêmes chrétiens, mes enfans égorgés » Ont péri loin de moi , loin de leur tendre mère :
» N’importe. En te voyant j’ai cru revoir mon frère.
» Dès long-temps, mon Assad a rejoint ses aïeux :
» Va , c’est lui qui te sauve; il revit à mes yeux;
» Va , jeune homme , ce front où se peint le courage » Ne m’aura pas en vain présenté son image.
» Ses traits , ses traits chéris dont je te vois paré ,
» D’un chrétien qui me hait font un être sacré.
» Conserve les longtemps , et bénis sa mémoire.
» Tu vivras. »
F. BOKHOMME.
Le grand prince!
KOSIFOtT.
Aussi grand que sa gloire.
Ce fer qu’il m’a laissé lui percerait le sein !
Un chevalier français n’est pas un assassin.
Je veux bien lui cacher ce complot homicide;
Car le dieu qu’il imite à ses destins préside.
Si votre patriarche invoque une autre main ,
Si même des guerriers attaquaient Saladin,
Quand je reconnaîtrais la bannière chrétienne ,
Ce manteau, cette croix n’ont rien qui me retienne,
25o nathan le sage.
De mon cœur seulement je recevrais la loi;
Et c’est mon bienfaiteur qui doit compter sur moi.
* F. BONHOMME
Me voilà soulagé ; j’avais bien des alarmes.
MONTFORT
Vous pleurez?
F. BONHOMME
Ce n’est rien.
MOTfTFOBT.
Ne cachez point vos larmes; Elles vous font honneur, homme simple et pieux ;
Vous n’êtes point savant, mais vous en valez mieux. Adieu. Je vais finir ma course solitaire.
F. BONHOMME
Et moi, content de vous, je rentre au monastère. Dans peu, le patriarche entendra mon 'récit.
Je conçois à quel point ce que je vous ai dit A dû vous inspirer l’horreur et la surprise;
Mais on sert quelquefois des maîtres qu’on méprise ; Et, contraint d’obéir, on gémit sans témoin.
Adieu. Dans ce couvent que vous voyez de loin. Songez que vous avez un serviteur fidèle.
Dom Tremendo croira que j’ai manqué de zèle ; Car il ne comptait point sur un cœur généreux.
Je n’ai pas réussi; je m’en vais' bien heureux!