‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 179 sur 286 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

NATHAN

Non.

SALADIN

C’est le peuple du moins qui t’a donné ce nom.

NATHAN

Le peuple î il peut errer.

SALADIN

Quelquefois il est juste.

N ATH AN

Mais si par raillerie ij donne un titre auguste ,

Ou si le riche avare est un sage à ses yeux ?

SALADIN

Tu me prouves déjà que l’on t’a jugé mieux.

Tu chéris la raison ; tu parais la connaître :

Cela seul fait le sage.

NATHAN

Et chacun pense l’être.

SALADIN

D’un ton moins réservé réponds à mon accueil.

L’excès de modestie est un excès d’orgueil.

Je te crois honnête homme -, en toi j’ai confiance.

NATHAN

Je saurai mériter toujours la préférence :

Tu seras satisfait des qualités, du prix.

Baladin.

Du prix ? que me dis-tu ?

NATHAN LE SAGE

NATHAN

Tu peux avoir appris Qu’en voyage long-temps...

SALADIN

Laisse-là ton voyage. Tu réponds en marchand ; Saladin parle au sage.

NATHAN

Commande. Que veux-tu?

SALADIN

Chaque peuple a sa loi , Ses dogmes , ses martyrs , ses prophètes , sa foi. Eclairé par l’étude et par l’expérience ,

Sans doute tu connais la meilleure croyance ?

NATHAN

Saladin, je suis juif.

SALADIN

Et je suis musulman.

Mais né dans la Syrie , et né fils d’un sultan ,

Sans trop examiner les dogmes de nos prêtres,

J’ai cru ce qu’autrefois avaient cru mes ancêtres. Un sage avec lenteur doit tout approfondir.

Dis-moi quel fut ton choix 5 je veux aussi choisir : Ne flatte Mahomet , ni Jésus , ni Moïse ;

En homme libre et franc réponds à ma franchise. Te voilà tout à coup rêveur, silencieux !

Ta réponse n’est pas écrite dans mes yeux.

Je le vois , ma demande a surpris ton oreille :

Les sultans ne font pas de question pareille ;

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