ACTE II, SCÈNE III
MONTFORT
Non , je n’en doute pas ;
Mais les signes divers marqués par la nature Les distinguent entre eux.
NATHAN
La couleur, la ligure?
montfort.
11 est certains pays dont le sol généreux En grands hommes fertile...
NATHAN
En sont-ils plus heureux?
Songez donc qu’au grand homme il faut beaucoup de place. Des cèdres rassemblés dans un petit espace Se nuisent l’un à l’autre et gênent leurs rameaux.
Les grands hommes souvent furent de grands fléaux; Mais, quant aux gens de bien, la nature féconde,
Pour s’aider, pour s’unir, les sema dans le monde.
Ah! l'orgueil est à plaindre; il ne sait point aimer. , Dans l’homme son égal l’homme doit s’estimer.
Voyez au mont Thabor si la branche hautaine Qui s’élève et grandit sur la cime du chêne Pour la branche d’en bas affecte des mépris :
Nés sous un même ciel, d’un même suc nourris,
Le tronc et les rameaux sont enfans de ,1a terre.
montfort.
Mais quel peuple, Nathan, sanctifia la guerre?
Quel peuple le premier, dans son orgueil cruel,
Se nomma peuple élu, peuple chéri du ciel;
NATHAN LE SAGE
Et toujours asservi, mais dominant ses maitres,
Voulut leur imposer le dieu de ses ancêtres?
C’est le juif qui, trompant musulman et chrétien,.
Osa dire avant eux: Le seul dieu, c’est le mien.
J’ai dPwit de mépriser ce peuple et sa croyance.
Au pied de ses autèl$ naquit l’intolérance.
Ainsi par les humains les humains sont proscrits Par le glaive sanglant les dogmes sont écrits 5 Au nom du meilleur Dieu, l’Occident sacrilège Vint des temples chrétiens venger le privilège :
Ici même, aujourd’hui, c’est pour le meilleur Dieu...
' Moi je suis templier; vous êtes juif; adieu.
Je vous laisse : oubliez ce que je viens de dire.