ACTE III, SCÈNE IV
DOM T R K M ETC DO , à Montfort.
Nous vous chérissons*, Saladin vous honore; C’est le secret du ciel qui nous protège encore.
De la cause de Dieu , vous serez le soutien ,
La fleur des chevaliers, l’honneur du nom chrétien.
MONTFORT
Je demande...
DOM TREMENDO.
Ah! voyons.
Ce qui manque à mon âge :
Des conseils.
DOM TREMENDO.
C’est parler en jeune homme bien sage ; Mais il faudra les suivre.
MONTFORT
Aussi tel est mon vœu.
En pensant avec vous, en raisonnant un peu...
DOM TREMENDO. *
Penser est dangereux ; raisonner, inutile ;
Croire , c'est ce qu’il faut ; croire est bien plus facile
MONTFORT
Me commanderiez-vous de croire aveuglément?
DOM TREMENDO.
La raison quelquefois est bonne assurément.
Employez la raison dans les choses vulgaires : Mais, hors du temporel, en toutes les affaires
284 NATHAN LE SAGE
De Dieu, de son Église, ella est hors de saison.
Que de gens sont damnés pour avoir eu raison!
Ah! pas mal.
DOM TREMENDO.
MONTFORT
Est-il vrai ? c’est un malheur étrange.
DOM TREMENDO.
Rien n'est plus vrai. Si Dieu vous envoyait un ange, Et tout ministre saint , confesseur de la foi ,
Est un ange 5 si Dieu , qui vous adresse à moi ,
D’une grande action vous déclarait capable,
On ne vous verrait point, par un orgueil coupable, Opposer la raison à ce maître divin Qui créa la raison dont vous êtes si vain.
Un jour, sur ce point là nous reviendrons , j’espère. Il vous faut des conseils. Sur quel sujet?
MONTFORT
Mon père ,
Je suppose qu’un juif appelle son enfant Une fille, un objet aimable, intéressant,
A l’ingénuité joignant une ame active,
A la beauté qui plaît la grâce qui captive :
Si la ^nature entr’eux ne forme aucun lien ,
Et si c’est en un mot la fille d’un chrétien ;
Si trouvée, enlevée aux jours de son enfance,
Elle ignore sa foi , ses parens , sa naissance?
DOM TREMENDO.
Vous me faites frémir en me parlant ainsi.