‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 220 sur 286 · ACTE I, SCÈNE I. 3o · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 3o

Vous changez tous les jours de plumes , de dentelles 5 Vous entassez rubans, fleurs de toutes saisons, Chapeaux, perruque blonde et mille autres éludons. Enfin... quoi! vous riez!

LADY JOSÉPHINE

Oui , de votre folie :

Mais regardez-moi donc , je suis jeune et jolie.

Est-ce ma faute à moi si l'on me suit partout ?

Faut-il me reprocher aussi d’avoir du goût ?

Au beu de m’applaudir... ,

* SIR ARNOLD

A merveille , madame -,

Mais aviez-vous du goût quand je vous pris pour femme ?

LADY JOSÉPHINE

Non , puisqu’à cet hymen mon cœur a consenti ?

SIR ARNOLD

Tétais pour vous, je pense, un assez bon parti.

Je me rappelle encor ma première visite :

Quel était votre état ? vous l’oubliez bien vite.

LADY JOSÉPHINE

Il fallait qu’il fût triste et des plus ennuyeux Pour me déterminer...

SIR ARNOLD

Toujours de mieux en mieux.

Songez donc au village où vous fûtes nourrie ,

Sous l’œil de votre père , et dans sa métairie.

3o8 LES PORTRAITS DE FAMILLE.

Quand chez lui, pour vous voir, je vins le premier jour, Vous brodiez, l’œil baissé, devant votre tambour;

Vous étiez près de moi modestement assise;

Vous portiez cheveux noirs , jupons gris , robe grise ; Des clefs en long trousseau pendaient à vos côtés.

LADY JOSÉPHINE

Oh ! ce n’est que cela : vraiment vous m’enchantez !

J’ai du talent aussi pour la caricature ,

Et je vais de bon cœur achever la peinture.

Je lisais quelquefois sur un lugubre ton,

Pour ma tante Arabelle un ennuyeux, sermon ;

Souvent je récitais d’une voix lamentable Du fameux prince Arthur l’histoire véritable ; J’endormais, aux accords d’un clavecin criard, j Mon père, à son retour de la chasse au renard.

Ou bien avec Andreus , vicaire du village ,

Je jouais à la mouche, à l’ombre, au mariage.

SIR ARNOLD

C’est vrai. Je crois encor vous entendre et vous voir. Vous souvient-il aussi que le dimanche au soir,

Avec le grand papa vous alliez en partie.

En chariot traîné par le vieux cheval-pie ?

Et pour votre cocher, dites, n’aviez-vous pas Le sommelier Martin qui vous menait au pas ?

Aujourd’hui vous avez , grâce à ma complaisance , Vis-à-vis, phaéton , berline, diligence,

Cocher, trois grands laquais, un petit postillon,

Six chevaux pour traîner madame à Kensington.

Votre état fut long-temps éloigné de l’aisance;

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