ACTE III, SCÈNE I
SIR CHARLES
Je le crois. C’est ici que, loin de tous les yeux,
Je venais chaque soir contempler mes aïeux :
Cela m’a bien formé. Passons à notre affaire :
Voici le grand fauteuil où siégeait feu mon père;
Allons, cricur public, vite au poste d’honneur.
MOSÈS
Mais avec quoi pourrai-je adjuger?
Par bonheur, •
Je vois tout justement ma généalogie.
Voilà votre baguette.
SIR OLIVER
Elle est fort bien choisie.
SIR CHARLES
Vous tenez les aïeux et la postérité.
MOSÈS
L’emploi que je remplis veut de la gravité;
Je m’installe au fauteuil : que la vente commence.
SIR OLIVER , à pàrt.
L’extravagant neveu !
MOSÈS
Du calmé et du silence.
SIR. CHARLES
Bon. Voici mou grand oncle, Alexandre Norton,
Du fameux Marlborough élève et compagnon,
3a8 LES PORTRAITS DE FAMILLE.
Merveilleux général , trente ans couvert de gloire ,
Et fort mal à propos oublié dans l’histoire.
SIR OLIVER
Il est blessé , je crois ?
SIR CHARLES
Par un maudit mousquet
Qui lui creva l’œil gauche aux champs de Malplaquet. D’un héros petit-maître il n’a point la tournure,
Mais d’un vaillant soldat l’honorable parure ,
Ni plumets , ni cordons , ni riches vêtemens Comme on peint aujourd’hui nos généraux charmans ; On voit son front guerrier sous sa perruque énorme, Relevé par son casque et son grand uniforme.
Pour trois cents livres donc mon oncle et ses lauriers. .
SIR OLIVER , à part.
Donner pour trois cents francs la perle des guerriers !
SIR CHARLES
Eh bien !
SIR OLIVER
Soit; à ce prix je consens à le prendre.
MOSÈS
Adjugé.
SIR CHARLES
Débora, propre sœur d’Alexandre,
Ma tante Débora, bergère du hameau, «
Et la houlette en main, conduisant son troupeau. Regardez les moutons que la belle fait paître;'
Elle est plus douce encor. L’ouvrage est d’un grand maître ;