ACTE III, SCÈNE I. 3i
S’il était avili , quelle en serait la cause ?
De la faveur du peuple , est-ce moi qui dispose ?
Lorsque Germanicus y conquérait des droits,
Etait-ce par le crime , ou bien par des exploits ?
Voulait-il de si loin briguer le rang suprême ?
D courtisait le peuple en vous servant vous-même.
Il avait un grand nom ! brillant, mais faible appui;
Vingt cités l’adoraient ! ah ! ce n’était plus lui.
Ces regrets si touchans , il n’a pu les entendre.
On ne le voyait plus , mais on voyait sa cendre. >
De pleurs reconnaissans on venait la couvrir.
Hélas ! et c’était moi qui devais les tarir !
Complice de Pison , la veuve d’un grand homme Aurait dit à l’empire , et répété dans Rome :
César est indigné de ce deuil solennel ;
En pleurant un héros on devient criminel.
TIBÈRE
Oui : voilà les discours que vos amis répandent ,
Que vous favorisez , que ces voûtes entendent ;
Et voilà seulement ce qui peut m’indigner.
Vous n’avez qu’un chagrin ; c’est de ne pas régner.
Moi !
TIBÈRE
Vous. En d’autres temps vous l’avez fait connaître,
Quand sur les bords du Rhin , tout le camp vit paraître Votre jeune Caïus, promené sur un char,
Revêtu des habits et du nom de César.
TIBERE
ÀGRIPPIHE.
Pour calmer , pour vous rendre une armée en furie , Est-on coupable encor quand on sert la patrie?
De Caïus , de mes fils , les droits sont-ils perdus ? Quoi ! le nom de César ne leur appartient plus !
Et qui donc maintenant soutiendra leur enfance ? Quelle était , cher époux , ta dernière espérance ?
Ah V mes tremblantes mains , en de cruels instans , Sur son lit de douleur rassemblaient ses enfans ;
Il les pressait tous trois dans ses bras héroïques :
Tous trois il les baignait de larmes prophétiques.
« Si le sort , me dit-il , se déclarait contr’eux !
» Et si , comme leur père , ils étaient malheureux !
» Dieux ! veillez sur mes fils -, dieux ! protégez leur mère. » Germanicus expire , et les lègue à Tibère.
» Ah ! je l’ai bien servi. Pour me récompenser,
» Qu’un regard paternel daigne les caresser.
» Tendre et fidèlp épouse , arme-toi de courage ;
» Nos enfans que tes soins vont sauver du naufrage, » Recueillis par César, retrouveront en lui »> Un père aussi sensible , un plus puissant appui ;
» Et ton cœur, pénétrant sous le froid mausolée ,
» Sentira tressaillir mon ombre consolée. »
TIBÈRE
Pourquoi rappelez-vous ces douloureux discours? C’est de votre infortune éterniser le cours.
Le malheur n’est vaincu que par la résistance :
R dompte la faiblesse , il cède à la constance.
Obéissez du moins aux conseils d’un époux.