‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 37 sur 286 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Est-ce moi qui menace? ai-je ameuté l’empire? Agrippine dénonce, et peut-être conspire;

Elle a sur tout ce peuple un dangereux pouvoir.

FISOH.

Agrippine, elle est juste; elle a fait son devoir :

Bien plus qu’elle ne croit, sa haine est légitime.

Elle sait ma révolte ; elle ignore un grand crime. Vous, pour qui j’ai tout fait, vous qui m’abandonnez, Vous , à qui j’appartiens , mais qui m’appartenez , César, écoutez moins l’orgueil qui vous enivre :

Ah! croyez que pour moi c’est un tourment de vivre Sans gloire, sans vertu, chaque jour poursuivi Par l’impuissant remords de vous avoir servi.

Cette peine est horrible , et pourtant je l'affronte ; Pour l’honneur de mon fils, j’en dois subir la honte. Rome , l’empire entier, tout se tait devant vous ;

On ne murmure point , on pleure à vos genoux.

Vous seul êtes chargé du soin de ma défense.

Consultez-vous. Demain , si le débat commence,

Si ce Fulcinius, dont vous avez fait choix,

Si quelque accusateur veut élever la voix,

Moi-même du forfait j’établirai la preuve;

Du héros qui n’est plus j’irai chercher la veuve; , Pisorrç par vous coupable et par vous accablé,

Paraîtra devant elle au sénat rassemblé ;

Devant elle, au sénat, Tibère entendra lire Les ordres qu’en secret il osait me prescrire ;

Et dussent les Romains n’en pas être surpris ,

Us sauront que Tibère a fait périr son fils.

Adieu, César.

(Seul.)

Adieu. Demain! la nuit me reste.

Séjan !

Page 1