ACTE V, SCÈNE IV
TIBÈRE
Son pardon !
AGRIPPINE
0 jU
Ma démarche a lieu de vous surprend*?*:
César, écoutez-moi ; sénat, veuillez m’entendre.
TIBÈRE. V
Parlez.
AGRIPPINE. V
J’avais rempli mon devoir rigoureux 5 Et, bientôt l’abjurant pour un droit généreux,
Mon cœur s’applaudissait : j’apprends en mon asile Que demain le pardon pourrait être inutile.
Ces guerriers à l’instant sont venus m’annoncer Qne Pison par des cris s’entendait menacer,
Qu’on demandait sa tète , et qu’un ordre suprême Convoquait le sénat au sein de la nuit même..
Leurs voix contre Pison ne s’élèveront plus 5 Comme eux je viens le rendre aux vertus de Cnéius.
A de longs repentirs mon courroux l’abandonne. Auguste a pardonné : Germanicus pardonne.
De ses persécuteurs il fut long-temps l’appui ;
Sa veuve en l’imitant reste digne de lui :
11 lui suffit des pleurs qu’il vous a fait répandre;
Les regrets des Romains ont bien vengé sa cendre;
Et, dût ce pardon même être accusé d’orgueil,
Des hommages sanglans souilleraient son cercueil.
TIBÈRE
Qu’entends-je? le sénat peut souffrir ce langage! Romains dégénérés , prêts à tout esclavage ,
72 TIBÈRE
Au gré de son caprice, Agrippine, eu un jour, Pourra-t-elle accuser, pardonner tour à tour ?
Non; que Pison périsse, ou qu’il se justifie.
Flétrir un sénateur en lui laissant la vie !
Non ; respectez sa gloire , et surtout l’équité :
Non; du sénat romain gardez la dignité.
Cet insolent pardon l n’a rien de magnanime :
Si Pison fut coupable , on vous demande un crime Envers les saintes lois dont vous êtes l’appui ;
Et, s’il est innocent, le crime est envers lui.