‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 55 sur 286 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Encor cette victime :

Je renonce au pouvoir si je renonce au crime,

A la haine, au remords je dois me résigner ,

Tout oser, mais tout craindre. Et c’est donc là régner! Quel prestige maintient cet empire suprême,

Pesant pour les sujets , pour le tyran lui-même?

Un seul, maître de tous, ordonnant de leur sort,

Et promettant la vie, ou prescrivant la mort!

Un seul! et les Romains tremblent devant un homme! Les Romains! Où sont-ils? Dans les tombeaux de Rome. Les Romains! deux encor sont dignes de ce nom.

Cette fière Agrippine et le fils de Pison.

Cnéius est vertueux ; c’est un héros peut-être :

Au temps de ses pareils Cnéius aurait dû naître ;

Mais que sont désormais les pères de l’état?

Un fantôme avili qu’on appelle sénat.

O lâches descendans de Dèce et de Camille !

Enfans de Quindus! postérité d’Emile !

Esclaves accablés du nom de leurs aïeux,

Ils cherchent tous les jours leurs avis dans mes yeux. Réservent aux proscrits leur vénale insolence ,

Flattent par leurs discours , flattent par leur silence ,

7 o TIBÈRE.

Et , craignant de penser, de parler et d’agir,

Mc font rougir pour eux, sans même oser rougir.

Page 1