‹ Theatre posthume de MJ. De Chénier, précédé de considérations sur la liberté du théatre en FranceChapitre 94 sur 286 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

OEDIPE

Il me reste une mère. Ah! du moins puisse-t-elle Ne point courber son front sons des dieux irrités,

Et ne jamais survivre à ses prospérités !

Je n’irai point, Jocaste, affronter sa présence.

JOCASTE

Le Ciel ordonne-t-il cet excès de prudence?

Cher OEdipe, un mortel, qui se dit inspiré,

Vous rend-il innocent , ou coupable à son gré ?

L’inceste est-il plus vrai que n’est le parricide ?

Au fond de votre cœur votre avenir réside :

Une veuve, une mère, en proie à ses douleurs,

Attend la main d’un fils pour essuyer ses pleurs.

De Corinthe au plutôt revoyez le rivage.

OEDIPE

Une femme , étranger, m’interdit ce voyage.

POLÏCLÈS.

Quelle femme en nos murs vous cause tant d’effroi? *

ŒDIPE

Mérope qui jadis épousa votre roi.

policlès.

Mérope? ô ciel! comment pourrait-elle vous nuire?

OEDIPE

Les dieux par un oracle ont daigné m’en instruire.

POLICLÈS.

Quel est donc cet oracle, et qu’a-t-il annoncé?

’mn

126 OEDIPE-ROI

Le crime et le malheur. Je me vois menacé De porter sur mon père une main criminelle, Menacé de flétrir la couche maternelle.

POLICLÈS.

Ainsi, pour conjurer les destins en courroux...

OEDIPE

De mes plus chers parens j’ai fui l’aspect si doux. policlès.

Pourquoi vous imposer un exil tyrannique?

OEDIPE

Je vous l’ai dit : la crainte en fut la cause unique.

POLICEES.

D’une vaine frayeur je puis vous délivrer.

OEDIPE

Malgré la voix des dieux m’osez- vous rassurer?

POLICLÈS.

Mérope à vos destins fut toujours étrangère.

OEDIPE

Polybe son époux...

POLICLÈS.

K'était point votre père. *

OEDIPE

Du nom sacré de fils Polybe m’a flatté.

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