CHOEUR
Vive, vive la musette, Et le carillon et le gros bourdon !
Pour fêter cette épousette (1), Nous danserons le rigodon.
PIEDLESTE ET MOUSTACHINETTE Nous danserons, le cœur bien aise, Nous danserons, le cœur content; Puis nous irons cueillir la fraise :
Et saluer l'oiseau chantant.
CHŒUR | Gai bouvreuil, sur l’épinette Mêle à nos ébats tes joyeux fredons!
Pour Minet et pour Minette (2) Nous danserons le rigodon.
PIEDLESTE, après un silence.
Maintenant dansons; e
LE PRÉ Tâchons d’être souples.
LA VACHE, très lentement, Surtout, soyons vifs!
LE MARCHAND Légers!
LE SERRURIER, faisant des grâces.
Gracieux!
MOUSTACHINETTE Sans en ayoir l'air, nous formons trois couples.
(1) Tous désignent Moustachinette, qui sourit et salue tout en chantant.
(2) Piedleste et Moustachinette sourient et saluent tout en chantant ; les autres se tournent un peu vers eux et les désignent de la main.
PIEDLESTE Mon épouse et moi; È LE PRÉ, regardant la Vache.
la Vache aux doux yeux.
LA VACHE, regardant le Pré.
Avec le Pré vert qui fait ses délices;
MOUSTACHINETTE, désignant le Marchand et le Serrurier. Et, pour finir, ces deux messieurs.
LE SERRURIER Etant un homme sans malice, Je demande qui de nous deux (I1 désigne le Marchand et lui-même.) Est la dame?
LE MARCHAND C’est moi, pardil!
LE SERRURIER Pourquoi, compère ?
LE MARCHAND, soulevant avec grâce les coins de son tablier. À cause de mon tablier.
PIEDLESTE Très juste.
LE PRÉ, au public, en désignant les deux hommes.
Pour sûr, ils font bien la pairel
MOUSTACHINETTE
Allons, c’est assez babiller.
(On attaque le prélude de la danse dans un mouvement plus vif que celui de la chanson, et le rigodon est exécuté conformément aux Indications données à la suite de la pièce, article Danse.)
THÉATRE POUR LES ÉCOLES ÿ
INDICATIONS PRATIQUES
PERSONNAGES
PrenzesTe et MOUSTACHINETTE doivent être des enfants, même dans le cas où d’autres acteurs de la pièce, voire tous les autres, seraient des adolescents ou des adultes. Cependant, si tous les rôles étaient tenus par des jeunes filles, deux d’entre elles, sensiblement plus petites que les autres et d'aspect très jeune, pourraient figurer notre couple de petits chats.
Lorsque tous les rôles, ou la bn d’entre eux, seront tenus par des enfants, il faudra choisir Picdleste et Moustachinette plus petits que les autres. Plus ils le seront, mieux cela vaudra.
Il ne s’ensuit nullement que l'on puisse confier ces rôles à de très jeunes enfants. Ils sont nuancés; ils exigent beaucoup d'’aisance rt de souplesse; il faut, pour les tenir, de vrais pelits comédiens.
Moustachinetie, un peu plus petite que Piedleste ou, tout au plus, de la même taille, doit avoir une particulière gentillesse de physionomie et de manières. Elle sait qu'elle est séduisante, et elle en abuse à l’occasion. Gourmande, un peu fantasque, se moquant des avis prudents, c’est une enfant gâtée;, sul a l’art de se faire pardonner ses pecca-
dilles.
Piedleste, plus raisonnable, est fort épris de sa mignonne
épouse. Il devra traduire à merveille ses émotions : inquiétude, douleur, angoisse, désespoir, ravissement final... Mais
il s'agit de l'angoisse et du désespoir d’un petit chat de comédie, et ces sentiments, comme les autres éprouvés par Piedleste, ne dépassent point du tout ce qu’un enfant est capable d’exprimer. D'autre part, comme l'âme d’un petit chat (de comédie, toujours) ne saurait être trop longtemps de suite en proie au désespoir, il arrive à notre héros de lancer telle ou telle réplique avec un total oubli de son chagrin : Allons, bon! l'armoire est fermée! ou bien : Ferme ton bec : c'est moi qui raconte l’histoire... Il faut qu'après ces répliques, faites sans l’ombre d’une émotion, il rentre vivement dans la peau d'un petit chat désespéré.
Picdleste, comme son nom l'indique, est extrêmement vif “et-légér.
Il va de soi que ce rôle peut très bien être joué par une. fillette, et que presque toujours il y gagnera. En revanche, il m'est difficile de croire qu’un garçon puisse être une Mouslachinette accomplie.
Le SERRURIER et LE MARCHAND DE FROMAGE pourront être des enfants (garçons ou filles) sensiblement plus grands que le couple félin, des adolescents, des jeunes filles, des femmes ou enfin des hommes, de n'importe quel âge. Le Serrurier sera le plus grand des deux.
On leur donnera une allure aussi réaliste que possible; chacun n’a qu’à observer autour de soi.
La Vacne appelle une interprétalion néecssairement féminine, que ce soit celle d’une fillette, d’une jeune fille ou d’une femme. Elle sera moins grande que les deux précédents, mais sensiblement plus que les jeunes époux.
Je n’ai pas à revenir sur ce que j’ai dit, dans la pièce, de la placide lenteur de la Vache; j’ajouterai seulement que l’artiste chargée de ce rôle doit avoir le regard bon et doux qui a fait dire à Victor Hugo :
Au bord de ce chemin, une vache couché# Regardait les passants avec maternité.
Le PRÉ peut être un garçon, une fillette, un adolescent, une jeune fille, un tout jeune homme ou une femme. Il est, en principe, moins grand que le Serrurier et le Mar-
chand, et au moins autant que la Vache, avec laquelle il fera couple dans la danse.
Le Crez aura le droit d'appartenir à l’un ou l’autre sexe et d’avoir n'importe quel âge; mais, étänt un personnage considérable, il devra être plus. grand que le Pré et, s’il est possible, autant ou même plus que les deux hommes.
Le Ciel est le seul de nos acteurs qui n'’ait pas besoin de savoir chanter et danser.
COSTUMES
Je cède ici la parole à Mlle Hérouard, qui va exposer, bien mieux que je ne saurais le faire, comment les sept personnages étaient costumés à la première représentation de la pièce.
« Picdleste était un petit chat gris, Moustachinette une petite chatte blanche. Avec une étoffe ouatinée, très pelucheuse, qui sert ordinairement à doubler les vêtements d'hiver, une couturière habile avait d’abord confectionné quatre pièces de leur habillement, constituant les parties visibles de leur « peau » : |
« 1° Un heaume, qui recouvrait toute la tête et une partie du visage, en laissant à découvert les yeux, le nez, la bouche et la partie des joues la plus rapprochée du nez. Deux petites oreilles pointues et, au-dessus de la lèvre supéricure, quelques crins rigides — crins pour balais — ache-
vaient de transformer en têtes de chats les têtes des fillettes.
« Le heaume, pour être bien fixé, se prolongeait par un
col descendant sur le haut du buste et par deux courtes manches (1).
« 2° Des gants, longs pour Moustachinette, plus courts pour Piedleste, et n’ayant aucune division ni pour les doigts, ni pour le pouce, recouvraient les mains et les avant-bras.
« 3° Des bas pour les jambes et les pieds.
(x) On avait veillé à ce que le heaume ne serrât pas les mâchoires au point de rendre la parole difficile.
« Des points au coton noir indiquaient la place des griffes sur les gants et sur les bas.
« 4° Une gentille petite queue gracieusement recourbée.
« La couturière avait fait pour le jeune couple, outre les parties de « peau » qui viennent d’être décrites, un costume d2 garçon et un de fillette.
« Celui de Piedleste était en satinette or, et composé d’une veste bouffante, à manches longues, avec col rabattu et cravate or et mauve, le mauve étant la couleur de sa « dame »; d'une culotte, bouffante aussi, s’arrêtant au-dessus du genou (1). :
« Celui de Moustachincette était en liberty mauve: jupe et corsage à plis; manches demi-longues; ceinture et col plat en satin violet. La jupe s’arrêtait à mi-jambes (2). Le tablier exigé par la danse était en mousseline blanche parsemée de petites fleurs violettes.
« Autour du cou, Piedleste avait un étroit ruban mauve, Moustachinette un étroit ruban or.
&« Le Serrurier portait le costume de sa profession : veste et pantalon bleus ayant déjà servi; casquette anglaise. Il avait, tantôt à la main gauche ou droite, tantôt passé au bras gauche, un trousseau de vieilles clés énormes et toutes rouillées, et dans sa poche une tabatière dite queue-de-rat, dont le contenu était purement imaginaire.
« Le Marchand de fromage avait un veston usagé, un gilet à manches de laine bleue et un pantalon de couleur brune à grands carreaux blancs. De plus, un tablier de toile bleue avec une large poche sur le devant (3), une toque en peau de lapin, recouvrant une perruque rousse (4), des favoris de même couleur, des galoches aux pieds, complétaient le
(1) À cette culotte était cousue la queue retroussée du petit chat, ou plutôt la partie de queue qui était censée passer par une fente postérieure de la culotte.
(2) A l'arrière et au bas de la jupe était cousu un bout de queue en trompette, qui paraissait sortir de dessous la jupe. .() Tablier nécessaire pendant la danse, où le Marchand figure une. dame, ayant le Serrurier pour cavalier.
(4) .Un faux crâne chauve, à couronne de cheveux roux, eût élé préférable. PES
personnage. N'oublions pas quelques rides ajoutées au visage trop jeune de l'interprète. Dans une poche du veston, la pièce de deux sous obligée.
« Sauf les insignes de son état, qui stat décrits tout à l'heure, la Vache était costumée en fermière : corselet lacé par devant, de couleur café au lait; chemisette de cotonnade écrue, coulissée au col, avec manches-larges et retroussées; cotillon simple et court, à rayures brunes et blanches, froncé à la taille; petit tablier assorti à ces couleurs; bas bruns et souliers de toile brune. Ce qui caractérisait le personnage, c'était une magnifique tête de vache couvrant celle de l'artiste jusqu'aux sourcils : des oreilles et des cornes de vache se dressaient sur la tête d’animal; un mufle de vache s’avançait sur le front humain. L’étoffe dont cette coiffure symbolique était faite, laissant entrevoir la vague forme d’uné peau de vache, se prolongeait par derrière et flottait sur le dos de l'interprète. Le tout était en satinette d’un brun roux.
Le Pré était vêtu d'un pourpoint de toile d’un vert jaunâtre un peu foncé; d’un ample haut-de-chausses d’un vert plus clair, mais éteint aussi, attaché au-dessous du genou; les bas et les chaussures, sortes d’escarpins, élaient de même couleur que le haut-de-chausses.
« Seul, le gilet, que doit masquer le pourpoint jusqu'à un moment déterminé de la pièce, était en salinette d’un vert très lumineux, et parsemé de fraïches fleurs champêtres (1).
« Sur la tête, le Pré portait une couronne de ces mêmes fleurs, un peu fanées, que l’on retrouvait aussi fixées sur les chaussures.
« Le Ciel était habillé de satinette bleue : l’habit à la française et le. gilet, d’un bleu profond; la culotte, d’un bleu plus tendre. Bas bleus se rapportant à la couleur de la
(x) Note de l'auteur : On se rappelle que, lorsque le Ciel lui accorde la pluie désirée, le Pré déboutonne très vite son pourpoint d'un vert fané, pour faire admirer au peuple un gilet du vert le plus frais et le plus joyeux. Je dois rendre témoignage à la vérité en déclarant que cette idée géniale m'a été suggérée par mon ami Raphaël Périé, inspecteur d'Académie honoraire.
culotte; souliers bleus se rapportant à celle de l’habit, de même que la calotte posée sur la tête du personnage (1). Cravate de mousseline avec jabot de dentelle blanche. Dans une
poche de l’habit, un voile en grenadine noire. »