‹ Théâtre pour les écolesChapitre 34 sur 85 · LA CIGALE · texte numérisé non relu

LA CIGALE

. Fourmi compatissante et bonne, En t'écoutant, mon cœur rayonne.

Ton amitié, ce don charmant, Ajoute à ma joie, au moment Où tu viens de sauver ma vie.

De plus, j'ai maintenant envie De t’imiler, — fût-ce de loin, —.

En étant, dans mon petit coin,

Une ménagère prudente.

(Dès que la Fable parle, — ce qui a Leb sans interruption du dialogue, — la Cigale et la Fourmi font un mouvement de surprise; la Fourmi retire son bras, qui entourait le cou de la Cigale, et toutes les deux s’écartent un peu, la Fourmi vers la gauche, la Cigale vers la droite, laissant pleinement apparaître la Fable, qu’elles regardent avec étonnement et admiration.) |

LA FABLE, d'abord familière, puis plus grave et plus vibrante,

Tu feras bien, Cigale ardente, D'avoir plus d'ordre; et toi, Fourmi,

En qui le bon grain endormi S’est éveillé, rude ouvrière Qui n’es plus sourde à la prière, Ne méprise pas la chanson Entendue un jour de moisson!

(La Cigale et la Fourmi se regardent, stupéfaites, . comme pour se demander qui est cette dame; elles regardent la Fable dès que celle-ci reprend, avec simplicité :) Vous vous dites : « Qui donc est-elle? »

Je suis une fée immortelle, Qui fait parler les animaux.

LA CIGALE ET LA FOURMI, avec une gracieuse inclination ) de tête.

Merci, Madame.

(La Fable reprend avec émotion et simplicité, mais aussi avec une force et une ampleur croissantes.)

LA FABLE, à la Fourmi (x). Encor deux mots.

Ne confonds plus, chère petite, Avec la mouche parasite L'artiste au cœur noble et vaillant.

Elle aussi peine en travaillant.

Son métier est un peu bizarre :

La voix, la flûte, la guitare, Ce sont de singuliers outils; Mais, Ô Fourmi, je te le dis, Ce sont des outils tout de même.

L'homme, sache-le bien, les aime, Pour manier sa lourde faux, Pour accomplir ses durs travaux Sous l’azur d’un ciel implacable Qui l’éblouit et qui l’accable, Pour toute œuvre qu'il entreprend, Tout ce qu'il fait de bon, de grand, (r) À la Fourmi, toutes les fois qu’elle lui adresse directement la parole: chère petite... O Fourmi... Sache-le bien...; le reste du

temps au public, ou avec un regard allant du public à la Fourmi, et réciproquement.

PA

Il jui faut la chanson de fête

D'une cigale ou d’un poète,

Car elle exalle son ardeur

Ou le délasse du labeur

Par une harmonieuse trève

De beauté, de joie et de rêvel LA FOURMI

Ma belle dame, c’est bien dit.

Nous en ferons notre profit.

LA FABLE, regardant d’abord la Cigale.

Et maintenant que toute chose

Est en ordre, on va, je suppose,

Attaquer un frugal repas.

Bonne Fourmi, n'oublions pas

Que la Cigale, ton hôtesse,

Jeûne depuis.

(La Fable est brusquement interrompue par la Mouche, qui fait irruption par la droite. La Mouche parle maintenant avec un parfait naturel, beaucoup de verve et de gaîté. Ce n'est plus, à vrai dire, la Mouche, bien qu'elle en ait toujours le costume, mais la petite actrice qui a joué ce rôle et qui, maintenant, parle pour son compte.)

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