‹ Théâtre pour les écolesChapitre 46 sur 85 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

LA PLUIE, LE SOLEIL, LE CHOEUR, puis un MARCHAND DE PARAPLUIES

LA PLUIE Hum! c'est émbarrassant.

LE SOLEIL

J'hésite, je l’avoue.

LA PLUIE

La fermière m'émeut.

(1) Oh! oui, fat le chœur, face au public, en hochant la tête

et avec un geste de la main.

(2) Non, fait le chœur, face au public, par un mouvement de la tête et de la main, :

LE SOLEIL Je plains l’homme à la houe.

LE CORYPHÉE, regardant vers le fond à droite.

Voici, pour nous fixer, un autre quémandeur.

(Tout le groupe masculin fait le même mouvement.)

LE SOLEIL Cachoôns-nous de nouveau.

Les choristes masculins se remettent face au public, tandis que la Pluie et le Soleil se dissimulent comme précédemment. Par le fond à droite entre le Marchand de parapluies, tenant sous son bras gauche deux où trois parapluies invraisemblables, et dans sa main droite le plus extravagant de tous. Il s’avance à pas lents, vient s'arrêter à droite de l’autel et parle face au public, sans faire attention au Chœur.)

LE MARCHAND DE PARAPLUIES, à droite de l'autel.

J'implore ta grandeur, O Jupiter, pour que tu sauves mon commerce!

Comment vivrai-je, hélas! du métier que j’exerce, Tant que tu maintiendras l’exécrable beau temps Qui fait mon désespoir depuis près de sept ans? Il tombe quelquefois de pelites ondées; Mais où donc êtes-vous, rivières débordées Qui deviez assurer la paix de mes vieux jours? Fais pleuvoir, Ô Jupin! Défonce les labours!

Et, noyant les cités, par l’éclair éblouies, Fais que je puisse enfin placer mes parapluies! Alors, pour abriter ton autel vénéré, C'est le plus beau de tous que je t’apporterai. Ce sera celui-ci : tiens, Jupiter, contemplel!

(I ouvre, la pointe face au public, le parapluie qu'il tient dans sa main droite ; tous les choristes, penchés en. avant, admirent ce monument avec stupéfaction; puis il le. relève et le tient au-dessus de lui, verticalement, comme pour s’en abriter, tandis que les choristes se redressent. Il dit ensuite avec solennité :)

Sous un Îel parapluie on se croit dans un temple.

(Après une pause, il abaisse lentement le parapluie, le referme et le met sous son bras gauche. Puis il continue :)

Ma prière a produit de l'effet, j'en suis sûr. Partons! et, tant que sous cet implacable azur Pulluleront les rats, les taons, les sauterelles, Je vendrai mes riflards en qualité d’ombrelles!

(I1 tourne les talons et s’en va par où il est venu. La Pluie et le Soleil étant sortis de leurs cachettes et arrivés, tout pensifs, près de l'autel, la Coryphée regarde vers le fond à gauche et parle. Le demichœur féminin suit son mouvement à partir du mot : suppliants:)

LA CORYPHÉE, à la Pluie et au Soleil.

Disparaissez : voici deux autres suppliants Pour Jupiter. Ce sont de très jeunes clients.

(La Pluie et le Soleil, cette fois, se cachent l’une derrière le. groupe de droite, l’autre derrière le groupe de gauche, sans passer devant les choristes. En baissant la tête au besoin, ils se rendent invisibles au spectateur. Le demi-chœur féminin est revenu face au public. k

Par le fond à gauche entrent une petite Fille et un petit Garçon. La fillette tient une rose dans sa main droite et, dans sa main gauche, une tablette de chocolat, entourée de papier d'étain; le garçon tient une rose dans sa main gauche, une toupie dans sa main droite. Tous deux s’avancent vers l'autel, la fillette à droite, le garçon à gauche, et ils s'arrétent, elle à droite, lui à gauche de l'autel. Ils ne voient pas le Chœur et parlent face au public.)

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