‹ Théâtre pour les écolesChapitre 57 sur 85 · CATHERINE, LE LIÈVRE · texte numérisé non relu

CATHERINE, LE LIÈVRE

LE LIÈVRE, lorsque Catherine est assise,

Eh bien, mignonne, qu'y a-t-il donc? Maman vous a grondée? (Elle fait signe que oui, deux fois, avec sa tête.) Battue, peut-être? (Elle fait signe que non.) Ma chère petite fiancée, je suis là pour vous consoler de votre chagrin; épanchez votre âme dans le cœur du lièvre qui vous chérit. Que-s’est-il passé?

CATHERINE, relevant la tête et écartant ses mains.

Maman m'a dit qu'elle ne m'aimait plus!

(Après ces mots dits avec un désespoir enfantin, , elle se remet à sangloter en couvrant son visage avec ses mains.)

LE LIÈVRE

Oh! la cruelle! Ne plus aimer sa petite Catherinette!

CATHERINE, étant ses mains de son. visage et parlant d’une voix pleine de larmes.

Elle m'a dit qu’elle m'avait appelée beaucoup de fois; mais moi, je n’ai rien entendu. Elle avait épluché les pommes de terre sans moi; et elle à dit que, si elle m'avait attendue, papa n’aurait pas. eu la soupe en rentrant. Alors j'ai voulu éplucher des carottes qui étaient là; mais justement il n’y en aura pas à diner : les carottes sont pour demain. Et puis, comme j’élais honteuse et que je ne disais plus rien, quand j'aurais dû demander pardon à maman en me jetant à son cou, elle m'a dit que je pouvais aller où je voudrais, puisque je ne venais pas quand on avait besoin de moi.

Eh bien, Catherine, moi, je vous aimerai pour deux, pour trois, pour quatre! Il n’y a plus de consentement à demander, puisque votre maman ne vous aime plus; bien sûr que voire papa ne voudra pas vous

parler davantage. Pauvre enfant! vous allez être aussi

malheureuse que Cendrillon dans sa famille; mais vous aurez un mari qui vous aimera bien! Marionsnous! Marions-nous vite!

(Catherine, qui a écouté, la tête basse, sans regarder le Lièvre, relève la tête pour lui répondre.)

CATHERINE, d'une voix timide.

Est-ce qu'on se marie comme ça, tout seuls? Il faut bien quelqu'un pour.-nous marier?

LE LIÈVRE

J'ai sous la main celui qu'il nous faut. C’est un oiseau plein de gravité, au sombre plumage, et qui a peut-être cent ans. Il est tout pareil à un... à un... Comment appelle-t-on ces personnages? Ah! oui : à un notaire; vous savez, ceux qui font les contrats de mariage? Ce respectable oiseau va nous unir devant

les arbres et les fleurs, les salades et les légumes du ‘jardin. :

CATHERINE, toujours craintivement,.

Il faudrait la permission de maman.

LE LIÈVRE

Mais, ma chérie, puisqu'elle ne vous aime plus! CATHERINE, pleurant, et se couvrant le visage avec ses mains.

Ah! quel malheur!

LE LIÈVRE, d'une voix solennelle.

Approchez, maître Corbeau, approchez, et venez

unir une pauvre délaissée à celui qui sera tout son appui et toute sa consolation.

(I achève sur un ton pathétique. Catherine relève la tête et regarde, assez effravée, le Corbeau qui sort de son buisson, toujours par la droite.)

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