‹ Théâtre pour les écolesChapitre 60 sur 85 · Scène VIII CATHERINE, LE LIÈVRE, LE CORBEAU · texte numérisé non relu

Scène VIII CATHERINE, LE LIÈVRE, LE CORBEAU

CATHERINE, d'un petit air décidé.

Messieurs, je n'ai besoin ni d’un mari ni d’un notaire, et je vous engage à décamper. Ma petite maman chérie, qui n’a jamais cessé de m'’aimer, et qui me pardonne, comme toujours, me charge de vous dire que maîlre Corbeau pourrait bien recevoir du plomb dans l'aile et monsieur le Lièvre devenir un délicieux civel!

(1) Elle reste un peu en arrière par rapport à eux.

LE LIÈVRE, au public, en frissonnant. Brrr!

LE CORBEAU, au Lièvre.

Ami, je t'engage “A piier bagage.

CATHERINE, radoucie et déjà souriante.

Mais comme, après tout, vous n'êtes qu'un lièvre de comédie et un corbeau d'occasion, je ne vous en. veux pas; et, si cela vous plaît, nous allons finir la pièce par une chanson.

LE CORBEAU

J'en serai ravi; surtout s’il y a dans le voisinage — pour faire un peu plus de bruit — un de ces oiseaux singuliers qui chantent quand on met le doigt dessus.

CATHERINE, gaîment

Rassure-toi, bon Corbeau; nous avons un piano à la maison, et maman nous accompagnera de loin. Seulement, comme nos trois voix réunies seraient encore un peu maigrelettes, je vais prier mes pelites voisines de venir chanter avec nous.

LE LIÈVRE, voyant des fillettes apparaître au fond à droite (x).

Comme par hasard, les voici.

CATHERINE

Elles ont deviné ma pensée,

(I en est apparu aussi au fond à gauche (2). Le Corbeau les aperçoit le premier.)

(1) Elles peuvent aussi entrer, toujours à droite, par des coulisses moins éloignées de la rampe, s'il en existe par où on puisse passer.

(2) Ou à l'entrée d’autres coulisses de gauche, moins éloignées de la rampe. L'essentiel est que les deux groupes entrent symétriquement.

N'ayez pas peur, mesdemoiselles : approchez-vous. (Des deux côtés les fillettes entrent en scène et s’approchent des trois personnages, derrière lesquels elles forment un demi-cercle. Quand elles se sont avancées, le Corbeau leur dit en désignant le

Lièvre :) Voici le lièvre qui a pondu les œufs de Pâques. (Les fillettes regardent le Lièvre et se regardent les unes les autres avec des gestes de surprise émerveillée. Puis le Corbeau poursuit:)

Moi, je suis le notaire qui devait unir ce jeune couple (il désigne Catherine et le Lièvre); mais le mariage a été rompu, et il sera remplacé — avec avantage — par une chanson. |

CATHERINE, à ses petites amies.

Que vous entonnerez avec nous. (Elles font oui de la tête.) [1 y aura trois couplets : un pour les lièvres, un pour les corbeaux, un pour les fillettes. Groupez-vous et chantons.

(Tandis que, s'étant avancés vers la rampe, tous se regroupent rapidement, on attaque le prélude de la chanson. Les trois personnages sont au centre du groupe, chantant comme les autres ou faisant semblant de chanter, s'ils n'ont pas de voix.)

CHANSON FINALE

Puisque Avril vient de fleurir, (Oh ! la pâquerette !) Tous les lièvres vont courir A travers les champs, à travers les bois, L'âme guillerette :

Avril est un doux mois!

Les corbeaux vont s’envoler, (J'aime la fleurette !) Dans l’azur ils voni filer,

‘Oubliant la proie et rêvant un peu, L'âme guillerette De voir le ciel tout bleul

Les fillettes vont danser (Valse, Turlurette !

Et légèrement glisser Sur le vert tin tin, au joli matin, L'âme guillerette, Sur l'herbe et sur le thym!

(Rideau pendant la reprise des trois derniers vers.)

INDICATIONS PRATIQUES

PERSONNAGES

J'en ai dit assez sur les pièces précédentes pour avoir le droit, sinon le devoir, d’être bref désormais. L’essentiel est que le lecteur ait bien saisi dans quel esprit ces bluettes doivent être jouées, ce que peuvent être la mise en scène et les costumes dans ce théâtre fantaisiste à l’usage des jeunes amateurs. :

On lira la pièce attentivement, y compris les indications scéniques mêlées au dialogue, et, quand on possédera bien la « psychologie » des trois personnages, on la fera saisir aux interprètes futurs en leur faisant, de cette œuvyrette, une lecture vivante et expressive, mêlée de quelques remarques sur les sentiments, le ton, les attitudes de leurs personnages respectifs. CATHERINE est bavarde, naïve, amie du merveilleux; mais elle a beaucoup de cœur et ne manque pas de finesse, ni d'énergie pour s’arracher à une fâcheuse compagnie, quand elle a compris ses torts et qu’elle sent venir le doux pardon maternel. Lx Lièvre est un rusé coquin, un habile enjôleur et, de plus, un quadrupède assez érudit; mais il laisse trop voir qu’il est parfaitement égoïste, poltron, et cependant tout gonflé de son mérite. Le Cor- BEAU, sans dédaigner les petits profits, est plus philosophe, et il a plus de tenue.

COSTUMES

Si l’on ne fait pas de Catherine une petite Alsacienne, on l’habillera comme n'importe quelle petite Française dont les parents, laborieux et simples, jouissent d’une modeste aisance. | |

On habillera comme on voudra le Lièvre et le Corbeau. Si on était embarrassé, on s’inspirerait de la description des deux petits chats, donnée à la suite du Morceau de lard (avec cette réserve que notre Lièvre ne porte aucun costume par dessus sa peau d'animal). On pourrait aussi consulter les Indications pratiques. relatives aux animaux qui figurent dans les deux piécettes : À la cuisine et Dans le jardin (« Théâtre du petit Chaperon rouge »). Dans les unes, il est question du Chat botté; dans les autres, d’une souris, d’un lézard et d’une linotte. J'aimerais bien qu’une des deux oreilles de notre Lièvre fût dressée et l’autre retombante.

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