‹ Théâtre pour les écolesChapitre 73 sur 85 · Scène IV MARTINE, VERDURON, VERDURONNETTE · texte numérisé non relu

Scène IV MARTINE, VERDURON, VERDURONNETTE

MARTINE

Je l’avais vu descendre le sentier; probable qu'il allait abattre un arbre de ce côté-là, et j'avais toujours peur qu'il ne m'’aperçoive en remontant. Tout à l'heure, il m’a semblé voir de loin son chapeau; alors je me suis sauvée à travers les sapins. Sans ça, je lui en aurais scié davantage. Pauvre cher homme! il croit que ce sont les follets, et j'en suis bien contente; autrement il me gronderait fort. Il est si bon! Mais il est plus vieux que moi, et je vois bien que. sa force commence à baisser. (Un silence; elle réfléchit.) Les follets ! bien sûr qu'il y en a, des follets |!

Seulement, ça n'est pas eux qui font tous les fagots… - Ah ! par exemple, s’il s’agit de remplir la cruche, c'est leur affaire. Aussi je ne me dérange quasiment plus pour aller à la source. (Regardant autour d'elle, et parlant plus haut :) Petits amis du pauvre monde, si vous m'entendez, merci à vous!

(Elle reprend son ouvrage, tourne sur sa gauche et, tout en travaillant, s'approche lentement de la table. Pendant ce temps, Verduron parle ; il a commencé dès qu'elle s’est tue.)

VERDURON, au public.

Les compliments que nous destine cette bonne vieille Martine doivent aller à son mari; mais j'en ai le cœur attendri.

(Martine, que l’on voit presque de dos, s'arrête brusquement devant la table.)

MARTINE Comment! la table est là! (Elle se retourne vers le

public.) C’est encore un coup des follets. Ils auront pensé que ça serait moins triste pour nous de man-

ger là, par le joli temps doux qu'il fait au milieu de l’automne. Merci encore, mes braves petits follets!

(Elle s’assoit sur l’escabeau de gauche, presque tournée vers le public. Son ouvrage à la main, elle reste immobile et pensive. Dès qu'elle s’est tue, Verduronnette a parlé.)

VERDURONNETTE, tournée vers Martine.

Des malins, bonne vieille mère, souriraient en disant : « Chimère! » Mais tu dis vrai, cette fois-ci. Il m'est doux au cœur, ton merci.

(Ces mots ont été dits avec une discrète émotion. Presque aussitôt, Martin (1) entre par la droite au second plan. Apercevant Martine, il s'approche sans bruit et reste debout à droite de la table, En

hochant la tête avec compassion, il regarde sa femme, qui ne le voit pas.)

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