‹ Théâtre pour les jeunes fillesChapitre 119 sur 203 · L.V BELLE, ôtant la bague de sa main gauche · texte numérisé non relu

L.V BELLE, ôtant la bague de sa main gauche

Cette bague est à vous. Dans son muet langage Elle vous parlera de votre amie.

FLORIZEL

O ciel, O terre, dites-moi si mon rêve est réel.

LA BELLE

Oui, vrai comme l'amour.

FLORIZEL, ôtant la bague de sa main gauche.

Mon àme est dans ce gage :

Ce qu'il renferme est immortel.

Œa Belle met sa bague au doigt de Florizel. qui met la sienne au doigt de ia Belle, s'airenouille, et lui baise les mains. La musique cesse. Brusquement Dame Tourte s'éveille, 6te son voile, se dresse et crie '.;

DAME TOURTE

Hein! Quoi? Qu'est-ce que c'est? Un homme? Au secours! au secours!

(Mésange, Pâquerette et Furet se dressent en sursaut.) FLORIZEL. se relevant.

Rassurez-vous, vénérable dame : je ne suis point un larron.

DAME TOURTE, s'avançant.

Larron d'honneur, sinon d'argent!

(Florizel et la Belle sont au milieu, Mésange et Pâquerette à droite, Dame Tourte et Furet à gauche.'

FLORIZEL, fièrement.

C'est une calomnie indigne. Sachez que vous êtes ici dans le royaume de mon père; et moi, fils unique du

1. Si la musique avait été prise dans un mouvement un peu trop lent et qu'elle ne lut pas achevée au moment où les anneau.Y viennent d'être écliangés. Dame Tourte devrait pourtant crier à ce moment, et la musique resterait inachevée. D'autre part, il est nécessaire qu'elle ne finisse pas plus tôt. Plusieurs répétitions sont nécessaires pour bien fixer le mouvement de la musique.

roi, je prends par la main cette jeune fille (il donne la main à Belle) et devant tous je l'appelle ma bien-aimce, ma fiancée, ma femme, parce que je l'aime, comme je l'aimerais si elle était une pauvre fille des champs!

DAME TOURTE

Tout cela n'est qu'un tissu d'extravagances. Un tel langage ne révèle pas un prince. Et qui nous dit, après tout, que vous en êtes un"? Oui, qu'est-ce qui nous le prouve?

FURET

Oh! Dame Tourte, ça se voit bien, allez, qu'il es! un vrai prince !

DAME TÔUIîTE, furieuse.

Silence, galopin!

MÉSANGE, à Dame Tourte.

Madame, avant de nous endormir, la Fée aux perles a prédit qu'un prince viendrait, au bout de cent ans, éveiller la princesse.

FURET

Attrapez ça, Dame Tourte!

DAME TOURTE, à Furet.

Gare la gitle !

PAQUERETTE

Si, par impossible, il n'était pas prince, il serait digne de l'être : seul, un vaillant pouvait pénéli-cr dans ce château après avoir traversé la lorèt enchantée.

DAME TOURTE, aux deux jeunes filles.

Taisez vous, péronelles. (a la princesse :) Le feu roi votre père, madame, et la feue reine votre mère me commirent, voilà cent quinze ans, au soin de votre éducation; vous aviez alors cinq ans. Oue Dieu ait l'àme du feu roi et de la feue reine! Investie par eux d'un pouvoir de surveillance et de direction sur tous vos actes, je ne souffrirai point qu'un inconnu vous épouse.

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