N° 2 do la iiariiiion
CENDlîlI.LON 213
J'en veux un joyeux et sonore, Et qui claque bien !
(CeDilrillon s'ai>i)roclic pour l'embrasser de nouveau ; la Fée la retient.)
Sache encore Quil nie foui la {)aire... ^'a-s-y.
(r';ilc ten<l sa joue.) CEMiHII.I.nN.
Bonne maiM'aine!
(Elle donne à la Fée deux baisers retentissants, un sur chaque joue.) LA FÉK, s'animant \icn à peu.
Ah! c'est ainsi Qu'on déblatère sur mou compte?
Vois-tu. — ceci n'est pas un conte — Depuis longtemps, je n'ai hanté Que le peuple d'une cité Tumultueuse qui m'est chère.
On la dit frivole et légère; Elle a fait des choses, pourtant, Dignes d'un renom éclatant.
C'est loin, bien loin de ce royaume.
Sous la mansarde et sous le chaume On souffre ici tout comme ailleurs; Partout j'aime les travailleurs; Mais, pour briser le joug servile.
C'est l'exemple de cette ville.
Où bat le cœur du genre humain, Qui les soulèvera demain!
CENDRILLUN.
Qu'a fait ce peuple?
L\ FEE, avec un enthousiasme croissant.
Il a, ma fdle, Renversé la vieille Bastille, Qui déshonorait le ciel bleu!
Tout ça, pour toi, c"est de Fhébreu; Mais, tiens, suppose une bâtisse Faite de toute l'injustice Qu'on peut entasser en mille ans.
Une geôle aux murs insolents Et pleine d'un affreux mystère...
Nous avons jeté ça par terre!
214 THÉÀTIIE 1>0U11 LKS JEUNES FILLES
CENURILLÛN, avec admiration.
Vous en étiez, marraine?
LA FEE, fièrement.
Un peu!
Ce lut mon baptême du feu.
CENDRILLON, très émue.
On s'est battu?
LA FEE, avec bonhomie.
Vois-tu, fillette, Pour faire la moindre omelette Il faut casser un œuf ou deux.
CENDHILLUX.
Mais à présent ils sont heureux.
Dans ce pays-là?
LA FEE, gravement.
Pas encore.
J'ai vu poindre une rouge aurore A travers l'orage et la nuit; Le jour viendra...
(Une pause. Puis, familièrement :)
Mais le temps fuit A grand vol, tandis que je cause.
Je viens te parler d'autre chose.
Que fait ton père?
Il est aux champs.
LA FÉE
Sais-tu pourquoi?
CENDRILLON, hésitant.
... Non...
Des méchants Disent que sa chère compagne Faisait de sa maison un bagne; D'autant qu'il dut, en épousant Cette veuve au nez séduisant, Faire place dans la famille A ses deux pimbêches de filles...
Voilà ce (pu' dit le public
CENDIULLON 21b
A la langue de basilic.
Mais c'est une horrible imposture.
Épris de la belle nature.
Ton père s'est lait villageois
Pour voir pousser les petits pois.
CENDIULLON.
Pauvre papa !
LA FÉE
Ta belle-mère Est toujours charmante, j'espère?
Tes demi-sœurs, tes quarts de sœurs Te disent toujours des douceurs Et te iont mille gâteries?
(Coiidrillon baisse la tête saus répondre.)
Où sont-elles, ces deux chéries?
CENDRILLUN.
Au bal du roi.
LA FÉK.
Je le savais.
(Au public :
Ce roi-là n'est pas trop mauvais.
Pourvu qu'il iume sa pipette, Que le dimanche il soit pompette, Qu'on rie et chante autour de lui, Son vieux cœur est tout réjoui.
Aussi son peuple le supporte.
Au lieu de le mettre à la porte, On attend qu'il meure, un beau jour, Au sou du lifre et du tambour.
Le peuple, alors, sera son maître.
Voilà ce qu'il a lait connaître A Trubulu dernier, son roi.
Qui boit chopine et se tient coi.
I A Cendrillon :)
Si je raconte celte histoire.
C'est pour notre aimable auditoire,
Qui ne doit pas être au courant.
CENDRILLON, avec une ardente prière.
Ah! que mon plaisir serait grand Si j'allais à ce bal, marraine !
216 THKÀTHK l'Ol I{ Li:s JBUXES IILLKS
LA l'KE, traniiuillement.
Ta verrais madame la reine, Qui garda les moulons, jadis, Et le beau Galaor, son fils.
Il est jeune, il a le cœur tendre :
Oui sait s'il n'irait pas s'éprendre De ma gentille Cendrillon?
(Ceudrilloii l)aissc la tête et paraît toute confuse.
Te voilà peinte en vermillon.
Comme un roi qui lève le coude.
CENDRILLON, se détournant.
Vous êtes méchante.
LA FÉE
On me boude?
(Avec tendresse :)
Allons, fillette, viens ici.
(Cendrillon s'approche de la Fée, qui' reprend :)
Tu vas aller au bal...
CEMIRILLOX, avec clan.
Merci, Ma petite marraine aimée!
LA FEE
Oui, c'est assez vivre enfermée :
Il faut qu'on t'admire; et je dis, Moi, que dans le bleu paradis.
Pour le bon cœur et l'esprit sage.
Pour le charme exquis du visage, Pour les beaux yeux au doux rayon.
Peu d'anges valent Cendrillon.
CENDRILLON, avec douceur.
Vous vous moquez de moi, marraine.
LA FEE, sérieuse.
Non. Si le prince, pour étrenne, T'offre la bague de son doigt, 11 ne fera que ce qu'il doit. Mais je t'aime trop, ma chérie.
Pour souhaiter qu'on te marie Pans un monde oisif ot railleur.
N'épouse qu'un rrai travailleur.
CEXDIULLON 21
CENDHILLON, avec une duuce gravité.
Vous êtes sage autant que bonne.