SCÈNE IV GALAOIl. CENDRILLON
GALAUIU
C'est fini...
Vous diriez un oiseau (jni s'envole.
GALAOR
Comment, sans aucune parole, La musique peut-elle...
(H hésite.) CENDRILLON, achevant la pensée de Oalaor.
Exprimer tout cela?
GALAOR
Oui.
La musique est un mystère.
GALAOR
Vous touchiez à peine la terre, Pendant ce menuet céleste.
Il llottera Longtemps, longtemps, dans ma mémoire.
GALAOR
Le maître récrivit pour deux jeunes é[)Oux. Mais ce qui le rendait si divin, c'était vous.
Hélas! comment puis-je vous croire?
GALAOR
Si vous ne croyez pas mes paroles, croyez
Mon silence de tout à riieurc
Après des mots lialbiitiés; Mon trouble...
Ah! tout cela n'est qu'un rêve!
(Elle se détourne en portant la niain à ses yeux.)
GALA(;R, très ému.
Elle pleure"?
(A Ccndrillon :)
Oh! quavcz-vous?
CENDRII.I.ON.
Pardonnez-moi Ce brusque et douloureux émoi.
Je ne suis quiinc enfant : ce serait mal, mcssire, De me tromper.
GALA OR
J'aimerais mieux Ne plus vous voir que de faire pleurer vos yeux. Laissez briller votre sourire Comme, après l'ondée, un rayon joyeux.
CENDRILLON, se parlant à elle-même.
J'écoute, j'écoute, et j'ai tort, peut-être... Pourquoi souhaitais je ce bal?
GALAOR
C'est mon cœur qui vous parle, et mon cœur est loyal.
Peut-être avez-vous dit même chose à plus d'une.
On prétend que les amoureux
Sont inconstants comme la lune, Chaque soir différente, et qu'ils raillent entre eux
Les pauvres fdles délaissées.
GALAOR
Que ne pouvcz-vous lire au fond de mes pensées!
Certes, j'ai vu plus d'une fois
De beaux ou gracieux visages; Même j'ai remarqué, c'est vrai, de douces voix.
Gazouillis d'oiseaux nés en cage, Qui ne savaient parler ni du ciel ni des bois;
Mais je n'avais point vu la belle Dont le profond regard contiendrait mon destin, Ni reconnu la voix qui sur mon cœur rebelle
Prendrait un empire certain.
Pour la première fois je le sens qui palpite, Qui palpite comme un fou.
Pourquoi battrait-il si vite, 0 merveille, sinon pour se donner à vous?
228 THÉÀTKE POUR LES JEUNES FFLLES
CENDRILLON, faisani un pas vers la gauche.
Hélas! hélas! bonne marraine, Vous m'aviez dit...
(Une pause; puis, avec angoisse :i
Mon Dieu, que vais-je devenir?
G.VL.VOR, faisant un pas vers Cendrillon.
Dois-je éternellement bénir Ou déplorer ce jour?
(Une pause. II reprend d'une voix hésitante :)'
Faut-il que je comprenne...
CENDRILLON, tonte à sa pensée.
C'est un monde oisif et railleur, Disiez-vous, marraine chérie.
Je crois que ses propos ne sont point raillerie; Mais ce n'est pas un travailleur, Ce prince aux tendres rêveries...^
GALAUR.
Ah! répondez-moi, par pitié!
(Une pause. Cendrillon ne sait que répondre.)
Rien... Me laisserez-vous sans aucune espérance?
(Nouvelle pause. Cendrillon baisse la tête avec une expression douloureuse. Galaor reprend d'une voix faible :)
Alors, adieu...
(II fait quelques pas vers la droite.) CENDRILLON, à part.
Quelle souffrance!
Je me sens vaincue à moitié...
(Le roi entre par la droite. Très intimidé, il s'avance au milieu de la scène, entre Galaor et Cendrillon, qui ne l'aperçoivent pas.)